16 • Anecdotes de tournage

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I – La genèse de Lost
II – Tournage et envers du décor
III – Écriture, conception et premières idées
IV – Casting
V – Connexions discrètes entre Losties
VI – Insolite
VII – Musique
VIII – Lost Book Club
IX – Tournage « toxique » et accusations de racisme : les révélations de 2023
X – Éclairage (explications avancées ou supposées par les showrunners)

I – La genèse de Lost

Ce chapitre (à découvrir intégralement dans le livre) revient évidemment sur la création de Lost, les rôles de J. J. Abrams, Damon Lindelof, Jeffrey Lieber, Lloyd Braun, Heather Kadin, Carlton Cuse et tous les autres artisans de l’ombre (principalement à la production et l’écriture). Voici trois documents abordés dans l’ouvrage et disponibles en téléchargement au format PDF.

Ci-dessous, Damon Lindelof (à gauche) et Carlton Cuse
dans leur bureau lors de l’élaboration de la sixième saison.

Lost a été nommé près de 270 fois pour diverses récompenses du petit écran et a remporté 59 prix (liste complète) ! Les plus notables sont les Emmy Awards et les Golden Globe Awards. Côté Emmy Awards, Lost récolte en 2005 le prestigieux trophée de la meilleure série dramatique US (pour la première saison, donc) et la meilleure réalisation (pour J. J. Abrams et son épisode pilote). Terry O’Quinn (John Locke) gagne le prix du meilleur acteur dans un second rôle en 2007 (le récompensant pour la troisième saison) et Michael Emerson (Benjamin Linus) remportera le même prix en 2009 (pour la cinquième saison). Côté Golden Globes, c’est le prix de la meilleure série dramatique qui est attribué en 2006 (donc pour la seconde saison).

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II – Tournage et envers du décor

Ce chapitre (et les suivants) fourmille de nombreuses anecdotes liées au tournage, sélection non exhaustive ci-après.

L’équipe de production souhaitait dès le début disposer d’un véritable avion et le disloquer pour accentuer le réalisme de l’épisode pilote. Elle a donc acheté un appareil entier provenant d’un cimetière d’avions du désert des Mojaves en Californie. Cet endroit unique au monde est surtout réservé aux productions de films et séries cherchant des carcasses d’avion (mais certains fonctionnent encore et sont rachetés pour être utilisés – si ce lieu étrange existe depuis longtemps, il accueillait davantage d’engins lors de la crise du secteur à la suite des attentats du 11 septembre 2001).

Pour Lost, c’est un L-1011 qui a été choisi (Lockheed L-1011 TriStar, très exactement) pour être transformé en faux Boeing 777. Il s’agissait du neuvième modèle de cette gamme, probablement construit au début des années 1970. Il a volé pour la première fois en juin 1972 avant d’être stocké dans le désert des Mojaves en 1991 puis racheté quelques mois plus tard et utilisé durant presque sept ans. Le L-1011 est ensuite retourné en 1998 dans le désert des Mojaves avec d’être racheté, six ans après, par la production de Lost !

L’avion a été découpé en plusieurs parties pour le faire venir en bateau sur les lieux de tournage à Hawaï. Trois cargos ont été nécessaires pour ce déplacement atypique, effectué en quelques jours seulement ! Puis les morceaux d’avion ont été transportés à plusieurs endroits sur l’île pour le tournage. Le « décor » de cette carcasse d’avion est donc ultra-réaliste et n’a pas été fabriqué ou conçu par ordinateur.

À la moitié de la première saison, la carcasse risquait d’être emportée par l’océan, en plus de l’érosion probable à cause de l’hiver, et a donc été déplacée ailleurs (et filmée une ultime fois « au cas où » – ces images ont finalement été incrustées durant le générique de fin de l’épisode final). Les tournages ont continué sur une autre plage, plus protégée contre le temps et mieux entourée en matière de végétation, donc idéale pour la promiscuité avec la jungle (la précédente était juste à côté d’une autoroute !). Des morceaux de l’avion sont toujours visibles et disponibles à Hawaï.

La production a dû publier un communiqué de presse expliquant le tournage à la suite de signalements d’habitants reçus par les autorités ! En effet, les locaux pensaient qu’un accident s’était réellement produit à cause de l’épave d’avion sur la plage, et ce, malgré le soin accordé pour la cacher quand il n’y avait pas de tournage.

Du début de la préproduction jusqu’au montage final, la fabrication d’un épisode dure environ trois semaines (21 à 24 jours). C’est pourquoi plusieurs épisodes sont conçus en même temps. Le réalisateur a cinq jours de préparation, neuf de tournage, trois de postproduction et quatre de montage. Le montage est particulièrement important car il peut sensiblement changer ce qui était prévu aussi bien durant l’écriture que durant le tournage. Ce que Carlton Cuse traduisait par « un épisode d’une série se
fabrique trois fois : à l’écriture, au tournage et au montage
».

Le bruit utilisé lors des apparitions de la fumée noire provient des imprimantes de reçus dans les taxis new-yorkais ! En effet, lors de la première apparition (dans l’épisode pilote), Rose dit que ce son lui est familier et ajoute (à l’intention de Shannon) qu’elle vient du Bronx. La production a donc cherché un bruit récurrent à New York et il s’est avéré que les sonorités d’impression de reçus dans les taxis correspondaient à cela.

Les tournages des scènes devant se dérouler en Australie étaient compliqués pour une raison toute simple : aucune voiture à Hawaï n’avait de volant à droite ! La production a donc filmé des voitures avec le volant situé à gauche et a ensuite inversé les plans en postproduction. Mais pour que tout le reste soit cohérent, tous les costumes, les décors, les accessoires étaient conçus « à l’envers ». Les noms des restaurants, les poches de veste, etc. Un véritable défi pour être au plus près de la réalité ! Les acteurs portaient leur alliance à leur autre main et devaient par conséquent tenir des objets avec la main non habituellement utilisée.

Les acteurs ne savaient pas ce qu’il allait se passer dans la série. Ils découvraient le scénario peu avant le tournage et ne connaissaient ni la suite ni la fin de Lost. Ils ne connaissaient pas non plus le passé de leur personnage, à la demande des scénaristes. Ils lisaient des théories sur Internet, comme les fans, et en parlaient entre eux. Seul Matthew Fox (Jack) était au courant du sort funeste de son personnage et du plan final du dernier épisode, mais c’est tout (et ce n’était guère une révélation incroyable).

Lors des voyages dans le temps de la cinquième saison, chaque fois que le village des Autres (découvert en ouverture de la saison 3 pour la première fois) devait passer de 1977 (tout beau tout neuf) à 2007 (complètement détruit et ravagé), l’équipe technique le détériorait volontairement et l’abîmait artificiellement. Puis elle nettoyait à nouveau l’ensemble et le redressait intact durant les nouvelles scènes se déroulant dans le passé. Un va-et-vient impressionnant qui montre l’ampleur du travail effectué.

La première saison de Lost a coûté plus de 70 millions de dollars (dont 12 à 14 pour l’épisode pilote), soit presque 2,5 millions de budget pour chaque autre épisode (dont « seulement » 15 000 à 20 000 dollars pour les effets visuels – ce qui est effectivement dans le milieu assez peu). L’entièreté de la série avoisine les 484 millions de dollars (soit une moyenne de 80,6 millions par saison). Des chiffres très élevés, imputables notamment aux nombreux acteurs de la fiction mais aussi à la logistique complexe de tournage à Hawaï. Toutefois, il faut relativiser, ces dépenses pour ABC étaient largement amorties par la vente de publicités au sein d’un épisode qui coûtait en moyenne presque 214 000 dollars les 30 secondes (pour la cinquième saison en tout cas, donc probablement davantage durant les trois premières) et de 850 000 à 950 000 dollars pour l’épisode final ! Avec une moyenne de 18 minutes de publicités par épisode, faites le calcul, sans compter le merchandising… L’épisode final a coûté plus cher que le pilote : plus de 15 millions de dollars…

La réelle signification des flash-sideways n’était pas révélée aux acteurs. Ils ont su au dernier moment de quoi il s’agissait, peu avant de tourner la scène finale, puisqu’elle n’était pas dans le scénario du dernier épisode.

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III – Écriture, conception et premières idées

Jack devait mourir dès l’épisode pilote. Plus précisément quand il s’aventure dans la jungle, avec Kate et Charlie, pour chercher le cockpit ; la fumée noire devait le tuer à ce moment-là (c’était son corps ensanglanté – et décapité ! – qui devait être dans l’arbre et non celui du pilote). La série devait ensuite avoir Kate comme personnage « principal », ou au moins comme leader des survivants. Michael Keaton (Batman, Birdman…) devait interpréter, en tant que guest star, cette première mouture de Jack. Une à deux semaines avant le début du tournage, les scénaristes changent d’avis. Keaton ne voulant pas s’engager dans une série pour plusieurs années, la production refait des castings et recrute Matthew Fox au dernier moment !

Une première version du générique montrait un plan sombre avec un défilement rapide des têtes des acteurs en arrière-plan. La seule vidéo dévoilée de ce générique * se conclut par une image de Kate. Sans doute car l’épisode devait être centré sur elle, ou bien parce qu’elle devait être le leader après la mort de Jack. Le générique définitif (créé par J. J. Abrams sur son ordinateur personnel) permet de brouiller les éventuels repères du spectateur, ne disposant d’aucune information sur ce qu’il s’apprête à regarder.

* Je l’avais partagé en février 2015 sur mon compte Facebook personnel – comme vous pouvez le voir depuis le lien. Le symbole ► est absent de la page 103 pour rappeler ce bonus vidéo.

Toujours durant la première saison, Lindelof insistait d’ailleurs pour ne pas laisser sous-entendre que lui et Cuse inventaient « au fur et à mesure » les éléments narratifs et créatifs. C’est un reproche qu’il n’aimait pas trop. Il est intéressant de noter que, plusieurs années après, ce reproche a continué (principalement et légitimement durant les débuts de la troisième saison – moment où les showrunners ne savaient sincèrement pas « quoi faire » car ils stagnaient et ignoraient de combien d’épisodes ils disposaient pour achever Lost). Toutefois, Lindelof précisait à l’époque qu’ils ont décidé très tôt de ce qu’ils savaient et ne savaient pas et qu’aucun détail « n’était là par hasard ». Il modérait tout de même ses propos en spécifiant qu’il n’était pas impossible d’écarter quelque chose qui ne marche pas au profit d’autre chose qui fonctionne… En somme : les grandes lignes narratives auraient été toutes tracées dès le début quant à la nature de l’île ?

Dans les débuts de la série, Lindelof qualifiait les épisodes d’« histoires de rédemption », détaillant : « Nous montrons les failles d’un personnage dans le passé et nous explorons les différentes manières que cet individu a d’évoluer sur l’île afin d’atteindre un rachat personnel. » Cet aspect sera, in fine, présent tout le long du show. Lindelof précisera même (en avril 2005, donc peu avant la fin de la première saison) que « ces individus cherchent la rédemption en dépit de leurs erreurs [du passé] et de leurs luttes ».

Il a été décidé assez tôt dans l’étape de création de la deuxième saison que les grottes ne serviraient plus de décors, jugées trop sales, peu esthétiques et peu pratiques ; l’abri sous la trappe serait le lieu principal (avec toujours la plage des naufragés). Dans le même ordre d’idées, les scénaristes souhaitaient rendre cette saison très différente de la première, d’où l’abri avec des douches, une cuisine, des machines à laver, etc. Paradoxalement, ils souhaitaient aussi rendre cette saison accessible à ceux qui n’avaient pas vu la première. Un exercice difficile car la chaîne exigeait qu’il y ait un maximum de références possible à la saison précédente de façon informative et simple. Les scénaristes se sont efforcés d’y remédier, à travers certains dialogues et en complément du résumé d’introduction, mais ils ne voulaient pas lasser les fans qui connaissaient déjà la saison précédente.

Damon Lindelof a toujours plaidé pour les fans et le crédit qu’il accordait à leur avis (il s’en est probablement mordu les doigts après la fin de la série, poussé à quitter le réseau social Twitter – victime d’un lynchage numérique inouï et disproportionné – et tombant en dépression). Néanmoins, dans les débuts de Lost, lui, Abrams et Cuse encourageaient les fans à discuter avec l’équipe (scénaristes, acteurs, producteurs…) sur un site créé par Abrams (le fameux Fuselage, voir la liste de tous les sites conçus par ABC et autour de Lost). Abrams expliquait (en mai 2005) qu’il « faudrait être fou pour ne pas écouter l’avis des fans », justifiant la mutation du médium opérée en parallèle de la démocratisation d’Internet. « Internet a profondément modifié la manière dont nous regardons la télévision. Des milliers de personnes réagissent instantanément et il se dégage très vite un consensus sur ce qu’elles aiment et n’aiment pas. Examiner attentivement ces réactions est très éclairant. » C’est, en quelque sorte, grâce ou à cause de cela que des personnages n’ont pas fait long feu dans la série, comme Nikki et Paulo au cours de la troisième saison.

Si les showrunners encourageaient les échanges avec les fans, ils avaient formellement interdit aux scénaristes de lire les fanfictions, ces récits imaginés par les spectateurs pour prolonger une série ou créer une histoire se déroulant dans le même univers. Le but était probablement de ne pas être influencé par ces textes grouillant sur la Toile.

Les flash-sideways ont été conçus comme « concept » dès le milieu de la saison 3 (quand la série s’est vu imposer une date de fin). Cuse et Lindelof ont décidé à ce moment-là que les flash-forwards (séquences dans le « futur ») arriveraient à la fin de la saison 3 et occuperaient toute la saison 4, que la cinquième saison se focaliserait sur les voyages dans le temps et le retour sur l’île des Six d’Oceanic (en utilisant aussi bien des flashbacks que des flash-forwards) et enfin, que la sixième et dernière saison inclurait donc des flash-sideways, qui trouveraient leur explication finale dans les dernières minutes du dernier épisode. La plupart des personnages sont confrontés à leur image dans un miroir ou une surface réfléchissante dans ces flash-sideways.

Le scénario du dernier épisode de Lost était imprimé sur du papier rouge (rendant impossibles les photocopies) avec le nom de la personne à qui il était destiné en filigrane. Celui-ci était ensuite scellé dans une enveloppe (carrément avec un sceau) et ne contenait pas la toute dernière scène de la série. Ce script a été, selon un des scénaristes, pas très difficile à écrire, contrairement à ce que l’on pourrait croire.

Le plus gros regret de Carlton Cuse concernant l’épisode final et l’ajout d’images de l’épave détériorée de l’avion durant le générique de fin (voir page 43 du livre). Quant à Lindelof, même s’il estime que ce n’est pas tout à fait un regret, il pense que la fin aurait été meilleure sans le vitrail (qui arborait plusieurs signes de différentes religions).


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IV – Casting

Jorge Garcia a auditionné pour le rôle de Sawyer (!), la production a tellement aimé sa prestation qu’elle a créé le rôle de Hurley exprès pour lui. Matthew Fox avait lui aussi passé le casting pour le rôle de Sawyer. Lors de son audition pour ce futur personnage mythique, Josh Holloway avait oublié une partie de son texte et s’est alors énervé, jetant une chaise dans la pièce (lui laissant le temps de se rappeler ce qu’il devait dire) avant de poursuivre ! Sawyer était inspiré par Han Solo notamment. Josh Holloway allait d’ailleurs abandonner sa carrière d’acteur avant de décrocher le rôle de Sawyer. Il venait juste d’avoir sa licence… d’agent immobilier !

La voix de Danielle Rousseau que l’on entend dans le message radio au début de la série n’est pas celle de Mira Furlan, qui jouera quelques épisodes plus tard la fameuse Française naufragée (Allemande dans la version française). Elle n’avait sans doute pas encore été castée à ce moment-là, puisque la production ne savait pas si la série continuerait après le double épisode pilote.


La première fois que Jack aperçoit son père Christian au loin sur la plage (S01E04 – « Les pieds sur terre »/« Walkabout »), ce n’est pas l’acteur John Terry qu’on voit mais quelqu’un qui lui ressemble beaucoup.

Evangeline Lilly a été en couple avec Dominic Monaghan (Charlie) de 2004 à 2009, soit durant le tournage et la diffusion des cinq premières saisons de Lost. Juste avant ses premières scènes pour l’épisode pilote, l’actrice est retenue à Los Angeles pendant deux semaines car… elle n’a pas de visa de travail pour tourner à Hawaï ! En effet, de nationalité canadienne, un visa était indispensable. La production a repoussé ses scènes au maximum et avait même lancé de nouvelles auditions au cas où (sachant que Lilly avait été l’une des dernières actrices à rejoindre la distribution, tant la production peinait à trouver son rôle, malgré plus de 100 personnes auditionnées)… La comédienne obtient finalement son visa le vendredi pour un début de tournage le lundi !

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V – Connexions discrètes entre Losties

À découvrir dans le livre.

VI – Insolite

Vincent, le chien, est joué par Madison, une femelle labrador, au début de la série puis par un mâle, Pono, à partir de la moitié de la saison 2 et jusqu’à la fin de Lost. Vincent apparaît dans… 43 épisodes ! Lors de la scène du départ du radeau, ce ne sont pas les scénaristes qui souhaitaient que Vincent aille dans l’eau, c’est le réalisateur Jack Bender qui a eu cette idée, pour renforcer l’émotion. Un flashback montrant Vincent à l’aéroport avant le décollage de l’avion devait être tourné, sous forme de gag. Cette information ayant fuité dans la presse, les producteurs et scénaristes ont préféré abandonner la scène. D’une manière générale, si un passage du script prévu était dévoilé et qu’il n’avait pas encore été tourné, il était annulé, sauf s’il était vraiment essentiel (mythologie, morts de personnages…). Naveen Andrews (Sayid) imaginait qu’une des dernières scènes de la série serait un plan sur Vincent, seul survivant sur la plage, avec derrière lui le cimetière des rescapés ! Il n’était pas si éloigné que ça, d’une certaine manière.

Terry O’Quinn a réellement appris le lancer de couteaux pour jouer son personnage de Locke. On peut le voir s’entraîner et planter un billet d’un dollar sur un arbre avec un poignard lancé à une dizaine de mètres !

Sawyer est « devenu » myope pour répondre à un contexte contradictoire : le personnage tire sur un ours polaire en mouvement en pleine jungle et le tue au début de la série mais est incapable d’achever un homme (le marshal) immobile sous une tente. Face à ce problème, soulevé par la suite par Josh Holloway, les scénaristes ont décidé que Sawyer serait myope pour justifier tout cela (même si ce n’est pas l’explication la plus plausible !). Le marshal devait d’ailleurs mourir dans l’épisode pilote.

Damon Lindelof marchait avec Jack Bender (réalisateur de plusieurs épisodes de la série) dans les rues de Londres peu avant le début de la mise en route de la saison 6. Lindelof confie alors à Bender les grandes lignes de la fin de Lost. Quand le showrunner parle du sort de Locke à son metteur en scène, les deux se trouvent pile devant un bar nommé… Walkabout (titre du premier épisode consacré à Locke dans la première saison). Pour immortaliser cet heureux hasard, Bender prend en photo Damon puis Lindelof fait de même avec Bender avant de découvrir… qu’une personne en fauteuil roulant se situait derrière Jack Bender !

En 2014, pour les dix ans de la série, une adaptation en comédie musicale a été représentée chaque semaine près de Los Angeles. Lost – The Musical a été mis en scène par Steven Brandon et nécessitait 14 acteurs/chanteurs/danseurs, jouant 50 rôles au total (par exemple Kacey Spivey interprétait Claire, Libby, Charlotte, Eloise et une journaliste). Cette parodie musicale de deux heures a suscité un certain engouement et a été rejouée en septembre 2019 pour les 15 ans de la série. Jorge Garcia (Hurley) en a même fait une publicité et le site (désormais fermé) assumait clairement sa dimension humoristique puisqu’il s’appelait http://www.lostparody.com. (Et oui, vous pouvez découvrir cette curiosité – ci-dessous – car ça a été intégralement capté et diffusé sur YouTube !)

En janvier 2010, c’est la troupe de théâtre The Reduced Shakespeare Company (habituée à résumer et jouer des pièces de Shakespeare) qui a récapitulé et joué en dix minutes les cinq premières saisons de Lost (avant la diffusion de la sixième et dernière, donc) avec l’accord des showrunners – qui ont eux-mêmes introduit en vidéo cette représentation. Cette performance (amusante au demeurant) a été diffusée sur la chaîne britannique Sky 1 (qui diffusait Lost à partir de sa troisième saison, après Channel 4 pour les deux premières) puis sur YouTube – à découvrir ci-dessous !

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VII – Musique

J. J. Abrams a voulu dès le début de la série une musique mystérieuse et épique propre à l’île. C’est Michael Giacchino qui l’a composée. Sa première création est tout simplement la musique de la première scène de Lost, quand Jack ouvre son œil. Giacchino refusait de lire le script d’un épisode, il préférait le regarder en vidéo et travaillait sur une composition à la seconde où il sentait qu’il en fallait une.

Il avait alors 48 heures pour la créer et une journée supplémentaire pour l’enregistrer avec son orchestre en studio (chose rare dans le milieu des séries – surtout à l’époque – où il y a peu d’orchestres sollicités en continu).

Michael Giacchino a opté pour une musique à l’image des naufragés : « Des âmes, des personnes anxieuses, effrayées, dans l’ignorance. » Il a donc composé « une musique à double tranchant : parfois triste et nostalgique mais aussi inconfortable, nerveuse et angoissée ».

Giacchino a expressément demandé qu’on ne lui révèle pas les différents secrets de la série, c’est aussi pour cela qu’il ne lisait pas les scénarios, préférant être surpris au jour le jour et refusant que ses compositions trahissent la suite de l’intrigue.

Les scénaristes considéraient Giacchino comme un personnage à part entière avec beaucoup d’éloges et de sympathie. Son nom était même cité dans les scénarios lorsque c’était « à lui de jouer », c’est-à-dire lorsque sa musique devait prendre le relais dans une scène.

Lost ne bénéficie pas que des compositions instrumentales et originales de Giacchino. La série pioche dans des morceaux existant pour son enrobage sonore avec une grande diversité des genres et des artistes parfois connus comme Damien Rice, Nirvana, Billy Joel, les Pixies ou la célèbre Mama Cass Elliot (Make Your Own Kind of Music qu’écoute Desmond dans le bunker). La reprise de musique classique (Mozart, Chopin…) fait aussi partie de la distribution. D’autres artistes sont mentionnés ou évoqués tacitement sous forme d’hommage mais pas entendus (les Beatles, Bob Dylan, Phil Collins…), sans oublier bien sûr Wonderwall d’Oasis joué par Charlie ! La liste complète est très longue (et disponibles sur Lostpedia en français ou en anglais).

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VIII – Lost Book Club

Plus d’une centaine d’œuvres littéraires parsèment Lost, à tel point qu’ABC a lancé en juillet 2008 (donc juste après la quatrième saison) un site intitulé Lost Book Club (désormais inactif). Ce site indexait la multitude de livres dont parlent les personnages (à l’instar du club de lecture de Juliet) ou qui peuvent être aperçus dans des scènes (comme dans la bibliothèque de la station du Cygne ou celle du domicile de Linus), sans oublier les nombreuses lectures de Sawyer ! Les livres avec des thématiques se rapprochant de Lost étaient aussi listés et Lost Book Club bénéficiait d’un forum pour discuter de tous ces ouvrages. Le but ici n’est pas de tous les recenser (Lostpedia le fait de façon très complète – avec une autre section dédiée à l’ancien site d’ABC) mais de mettre en exergue ceux chéris par les showrunners, parfois morceaux d’inspiration, ou corrélés à la série de façon pertinente. La liste est donc exhaustive et les titres sont par défaut ceux de leur édition en français.

Avant tout, il faut préciser que c’est Le Fléau de Stephen King qui a été une grande inspiration pour la série selon ses showrunners, ainsi que « l’ensemble des œuvres de Charles Dickens et sa façon d’écrire ». Certains de ses livres sont d’ailleurs mentionnés comme Un chant de Noël et surtout Notre ami commun, qui est le fameux livre que Desmond se réserve le droit de lire un jour.

Les livres les plus « connus » et évoqués dans Lost sont Des souris et des hommes (John Steinbeck), Carrie et La Tour sombre (Stephen King), Le Troisième Policier (Flann O’Brien), Sa Majesté des Mouches (William Golding), Le Magicien d’Oz (L. Frank Baum) et Alice au pays des merveilles (Lewis Carroll). Quelques évidences rappelant la série sont également à citer : Robinson Crusoé (Daniel Defoe) et L’Île mystérieuse (Jules Verne).

[…] Toujours chez Stephen King, impossible de ne pas songer à Les Langoliers (timidement assumé par Lindelof), un roman court (ou une nouvelle longue, c’est selon) publié en 1990 (l’année suivante en France dans le recueil Minuit 2). Dix passagers d’un avion se réveillent durant leur vol, découvrant que les autres personnes à bord ont disparu soudainement (incluant le pilote !). Ils comprennent qu’ils sont « passés par un repli temporel » (en traversant une aurore boréale au-dessus du désert des Mojaves –endroit où a été dénichée la carcasse de l’avion qui servira à concevoir celui d’Oceanic Airlines !) puis, dans une « dimension intemporelle », rencontrent les fameux Langoliers, des créatures qui « dévorent le jour d’avant afin de faire de la place pour celui d’après ». Ces mangeurs du passé font réaliser aux passagers les regrets de leurs propres actions passées. En (re)découvrant Les Langoliers après la fin de Lost, il est intéressant de retrouver cet aspect de voyage dans le temps pour justifier différents éléments scénaristiques, sans oublier, bien entendu, la dimension de passagers « perdus dans leur vie » et en proie à leur passé. Les Langoliers a été adapté en minisérie de deux épisodes de 90 minutes en 1995 et diffusé aux États-Unis sur… ABC.

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IX – Tournage « toxique » et accusations de racisme :
les révélations de 2023

Ce très long chapitre est à découvrir uniquement dans le livre. Son paragraphe conclusif est ci-après, accompagné d’une vidéo qui récapitulait également les grandes lignes du sujet.

À l’instar du youtubeur le Binge Doctor qui a consacré une excellente et longue vidéo au sujet, le mot de la fin revient au scénariste Javier Grillo-Marxuach qui répondait sur Twitter à un fan de Lost qui culpabilisait d’avoir apprécié la série après toutes ces révélations. « Ne le soyez pas – votre plaisir est ce qui rachète l’expérience. »

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X – Éclairage (explications avancées ou supposées par les showrunners)

Ce chapitre est également à découvrir dans le livre, toutefois, une vidéo accompagne un paragraphe.

Au moment où le canot de sauvetage contenant les Six d’Oceanic, ainsi que Lapidus et Desmond, est trouvé par l’équipage du bateau de Penny, il s’écoule une semaine avant que les naufragés repartent avec un autre canot pour revenir à la civilisation. On peut penser qu’ils ont voulu se reposer pendant ce temps mais c’est en réalité parce que le bateau a parcouru près de 5 000 kilomètres afin d’être relativement proche de l’endroit où l’épave de l’avion est censée se trouver (qui était une « fausse » épave financée par Widmore). Tout ceci dans le but d’être cohérents avec la version que les médias ont eue à propos du crash du vol 815. À noter : il existe un excellent documentaire en bonus vidéo (d’une vingtaine de minutes – à découvrir en VOSTFR ci-dessous), monté sous un angle complotiste, qui revient sur cet événement et met en avant les incohérences probables avec la « version officielle des médias ».