Ce chapitre annonce ce qui attend le lecteur dans le livre, récapitule les six saisons de Lost – pour bien avoir en tête toute la fiction avant de plonger dans ses coulisses et ses mystères – tout en contextualisant l’époque de diffusion, les audiences, le rôle des showrunners, etc. La fin clivante de la série est expliquée avec de nombreuses citations des auteurs.
Tout ceci est à découvrir dans le livre (pas d’extraits sur ce site, navré !) 😉
MàJ – 23 mai 2025 : surprise ! À l’occasion des 15 ans de la fin de Lost, le chapitre sur cette dernière est sous le gif de Desmond !
Toutefois, pour se remémorer l’entièreté des épisodes de Lost sans forcément les revoir, je me permets un renvoi personnel vers un de mes fils (un thread) sur X (ex-Twitter) à découvrir ici.
Il s’agit de mon énième visionnage de l’intégrale de la série fin 2020/début 2021, commenté épisode par épisode avec photos, anecdotes, contextualisation, décryptage… Un complément qui peut s’avérer utile pour les lecteurs voulant se replonger davantage dans Lost sans bénéficier du temps nécessaire à passer devant les 121 épisodes de la série.

Explication de la fin
Il convient de revenir sur la conclusion de Lost pour l’expliquer aux spectateurs qui ont eu du mal à la comprendre (surtout au moment de sa diffusion en 2010). Que ce soit dans les discussions de vive voix ou dans les commentaires des forums, blogs ou des prémices des réseaux sociaux, certains clamaient, avec virulence, leurs interrogations : « Ils sont tous morts alors ? Kate et Sawyer aussi ? Ils meurent quand ? Ils sont tous morts depuis le début ? Tout ça pour ça ? C’était un purgatoire en fait ? J’ai perdu six ans de ma vie ! » Beaucoup de confusion règne et il est donc nécessaire de clarifier cette partie de la fin de la série. Il est d’ailleurs dommage d’éclipser toute l’expérience singulière, une véritable aventure existentielle, quasiment viscérale (ce que souhaitaient ses créateurs au demeurant), qu’a été Lost et ses autres saisons pour se concentrer sur sa fin comme critique négative générale – elle peut bien sûr être décriée, à raison, mais ne doit pas occulter tout ce qu’il y a eu auparavant. Cela rappelle le cas d’autres fictions populaires au moment de leur conclusion comme Game of Thrones (2019) et How I Met Your Mother (2014), parmi les plus récentes, ou même Les Soprano en son temps (2007) ; idem du côté de l’animation japonaise avec Neon Genesis Evangelion (1996) par exemple [cf. les statistiques d’IdMB visibles sur l’index des épisodes].

Mais retournons sur l’île : Kate, Sawyer, Claire, Richard, Miles et Lapidus la quittent bien en avion. On ignore ce qu’il advient d’eux par la suite. Peut-être que Sawyer ira rejoindre sa fille, que Kate et Claire s’installeront ensemble dans un premier temps pour élever Aaron, que Richard retrouvera l’amour, etc. Mais tous sont bel et bien vivants et vont continuer leur vie.
Hurley, Benjamin, Desmond, Rose et Bernard sont toujours vivants également et sont restés sur l’île. Il y a fort à parier que Rose et Bernard y séjourneront jusqu’à la fin de leur vie (puisque Rose n’a pas de cancer là-bas et n’y est donc plus malade/mourante). Hurley est devenu le nouveau protecteur de l’île, secondé par Benjamin. On sait qu’ils vont dans un premier temps ramener Desmond auprès de Penny et leur fils. L’épilogue de la série nous informe que le duo va également chercher Walt à l’hôpital psychiatrique Santa Rosa (le même où Hurley était pensionnaire), afin qu’il les rejoigne sur l’île. Linus va aussi remercier deux employés de la DHARMA Initiative qui étaient toujours chargés de ravitailler l’île (ce sont les fameux responsables des livraisons de palettes contenant des vivres que découvrent les naufragés dans la saison 2).
Par la suite, une fois de plus, chacun est libre d’imaginer comment Hurley accomplira son rôle de gardien dans le « nouveau cycle » de protection de l’île. On suppose que Walt pardonnera à son père Michael, ce qui libérera son âme de l’île (les fameux « murmures » entendus régulièrement dans la série sont des morts « coincés sur l’île ») et qu’il occupera le poste de protecteur de l’île ensuite, car Hurley lui dit qu’il a un job à lui confier. On peut également penser que Walt se rapprochera d’Aaron, le fils de Claire, ou bien de Ji Yeon, la fille de Jin et Sun, par exemple – ces deux autres enfants ayant un lien fort avec l’île. Ou tout simplement qu’il rendra visite à Kate, Claire ou Sawyer. Chacun est libre de construire sa propre suite de la série (certains se sont même prêtés au jeu de la fanfiction – ces textes rédigés par des fans qui prolongent l’histoire selon leurs désirs).
Les rescapés qui ont perdu la vie sur l’île sont morts (au moment où la série nous montre leur mort), aussi bien au début de la série qu’à la fin. Boone, Shannon, Ana-Lucia, Libby, Charlie, Sun, Jin, Sayid et bien sûr Jack sont décédés (tout comme des personnages plus secondaires comme Faraday, Charlotte, Widmore, Ilana, Danielle et Alexandra Rousseau…).
Les flash-sideways, la fausse réalité alternative pouvant être considérée comme un « pré-au-delà » (ou un « au-delà » en fonction des croyances de chacun), sont l’un des éléments les plus controversés de la série et évidemment de la dernière saison (puisqu’ils y occupent une place non négligeable). Si dans un premier temps le spectateur croit que l’explosion de la bombe (fin de la cinquième saison) permet de créer une réalité parallèle dans laquelle l’île est enfouie sous l’eau et le vol Oceanic 815 ne s’y est pas écrasé, on décèle qu’il s’agit plutôt d’un « lieu mystique » dans lequel sont rassemblés la plupart des personnages de la série. On ne peut pas dater cet événement car il n’a pas lieu au même moment pour tous (car ils ne meurent pas en même temps, bien sûr), comme l’explique Christian Shephard : « Il n’y a aucun maintenant ici. » Concernant Jack, par exemple, on peut penser qu’il est dans les flash-sideways dès sa mort sur l’île (dernière image de la série), mais pour Kate, Claire et Sawyer, ou encore Hurley, Desmond, Penny et Benjamin, bien vivants lorsque Jack meurt, cette « propulsion » dans ce monde particulier a lieu bien plus tard, quand chacun mourra, d’une façon que nous ne connaissons évidemment pas. Comme le stipule Christian Shephard à Jack : « Tout le monde meurt un jour, fils. Certains avant toi [Charlie, Libby, Boone, Locke…], d’autres bien après toi [Sawyer, Kate, Hurley, Claire…]. » On peut aussi imaginer que Jack mettra plus de temps à prendre conscience de ce monde car il a toujours eu du mal à « lâcher prise » et « aller de l’avant ».

Ainsi, de nombreux personnages se retrouvent dans l’église (qui est également la station DHARMA de la Lanterne, qui permet de localiser l’île – une approche qui peut réconcilier les fans n’aimant pas spécialement le côté religieux imposé avec ce lieu) pour « partir ». Chacun avait besoin des autres pour se rappeler les moments importants de leur vie avant de « poursuivre la route ». Lâcher prise. Aller de l’avant. À nouveau. Des mantras de Lost appliqués ici au premier degré d’une certaine façon (et adressés aux spectateurs qui vont devoir faire le deuil de leur série). L’île n’étant pas forcément un « bon » souvenir pour tout le monde, ou un souvenir « intense », c’est aussi (officieusement) pour cela que tous les naufragés ne figurent pas dans cet « univers » (comme M. Eko – même si, officiellement, son interprète réclamait un salaire très élevé pour revenir jouer). La seule « incohérence » semble être la présence de Shannon au lieu de Nadia, en couple avec Sayid (voir page 248). Autre possibilité : les rôles plus secondaires qu’on voit dans cet univers atypique et qui ne sont pas dans l’église, comme Keamy, Ethan, Ana-Lucia, les Rousseau, etc., sont complètement imaginés par Jack et les autres comme ils ont vécu avec eux sur l’île. Ou bien ils sont dans ce « même monde » avec un rôle plus ou moins singulier car eux non plus ne sont pas encore « éveillés » (c’est-à-dire conscients qu’ils sont morts) pour aller de l’avant et « ailleurs ».
En effet, durant les flash-sideways, les personnages sont « réveillés » au fur et à mesure de différentes façons, surtout par Desmond, chargé d’effectuer ce travail. Chacun comprend alors qu’il est mort, se rappelle les souvenirs sur l’île et/ou redécouvre l’amour. Tous ensemble, ils décident de partir de l’église, de poursuivre leur route vers un nouveau monde inconnu. On peut qualifier ce dernier de « paradis », ou bien d’« au-delà », chacun l’interprétera à sa manière. Ou encore de « mort définitive, afin de reposer en paix ». Ces flashs-sideways sont inspirés du Livre des Morts tibétain. Lindelof et les scénaristes ont nommé cet endroit un « bardo ». Un mot tibétain qui peut être traduit par « intervalle » (ou « intermédiaire »), faisant donc référence, notamment dans le bouddhisme, à l’état intermédiaire entre la mort et la renaissance. Comme l’expliquait Lindelof lui-même en 2021, l’idée est que « lorsque vous mourez, vous faites l’expérience d’une vie après la mort où vous ne savez pas que vous êtes mort. Le but de cette vie après la mort est que vous preniez conscience que vous êtes mort ». Ensuite d’avancer vers « autre chose », comme on vient de le voir, cela peut être un « au-delà » (par exemple une sorte de paradis) ou bien une réincarnation. Effectivement, il ne faut pas concevoir les flash-sideways comme un paradis car la souffrance y est bien présente, elle est juste différente de celle qu’on a vue dans le « monde des vivants ». En revanche, le « monde suivant » (celui vers lequel se dirigent Christian et les protagonistes derrière la double porte cachant un halo lumineux) est un autre horizon, inconnu, donc.
Cet aspect très mystique a déçu beaucoup de fans, ce qui est parfaitement compréhensible, il s’agit là d’une certaine forme de croyance qu’on peut ne pas partager – ou bien la comprendre et l’accepter sans y « adhérer » dans sa sphère privée et spirituelle. Néanmoins et comme dit plus haut, il est dommage de s’arrêter à cette scène de fin pour juger intégralement la série. La plupart des mystères ont été résolus ou bien bénéficient d’une ou plusieurs pistes de réflexion pour les solutionner (voir page 180), c’est au spectateur de réfléchir. De la même façon, il faut savoir accepter la part de « fantastique » en guise d’explication pour certains éléments. Dès le début de Lost, il y a une entité maléfique aux cris intrigants et comme on le voit au bout de quelques épisodes : un monstre de fumée noire. Nous ne sommes donc pas trompés sur la marchandise quand la série offre une tournure davantage fantastique (des fantômes, des pouvoirs, un monstre…) à la fin du récit. Nous étions dans ce registre depuis les premiers épisodes, il ne faut alors pas s’attendre à trouver des solutions totalement « réalistes et rationnelles ». L’ensemble des mystères de la série garde une certaine cohérence et apparaît ainsi « crédible » par rapport à l’univers mis en place dès le départ. De même, lorsque Lost franchit un cap assumé vers la science-fiction (durant la saison 5 notamment, avec les voyages dans le temps), tout cela est toujours relativement cohérent et plausible. Alors oui, les flash-sideways et la séquence finale peuvent rebuter car cette vision d’un univers porté sur l’amour, le pardon et le rassemblement détonnait assez avec la survie de l’île, ses dangers et ses mystères, mais c’est un choix assumé des showrunners, c’était exactement ce qu’ils voulaient.

La fin de Lost est, en effet, telle que le souhaitait Damon Lindelof. Il revenait encore sur ce sujet en 2017 et prenait exemple sur les fins des séries Les Soprano et Mad Men. Il considère la première (achevée en 2007, en pleine fin de la saison 3 pour Lost) comme la meilleure fin de série de tous les temps et précise qu’il « la trouve remarquable parce qu’elle ne clôt pas l’histoire, mais seulement la série », tout comme celle de Lost. Quant à la seconde, il l’estime magnifique, « elle dit “voilà, c’est fini, mais la vie continue au-delà des images que vous voyez”. Il y a là quelque chose de plus profond qu’une simple conclusion. Le téléspectateur quitte l’œuvre en s’interrogeant, en réfléchissant à la suite des événements ». Là aussi, on trouve un écho à Lost (même si Mad Men s’est terminé cinq ans après Lost, en 2015). En outre, le showrunner précisait qu’il faut « une résolution des tensions, une conclusion émotionnelle, pas nécessairement un dénouement de l’intrigue » ; un parti pris assumé mais clivant, comme on l’a vu, segmentant le célèbre « homme de science » et « homme de foi », penchant donc du côté de ce dernier, au grand désarroi de certains… En lorgnant vers la philosophie (et de la poésie d’une certaine manière), Lindelof s’accorde avec une citation de Gustave Flaubert [voir ci-dessous en gris], justifiant que « l’âme humaine est tellement exposée à la tristesse, au désespoir, à la peur, elle est source de tant de doutes que nous avons besoin d’un peu de réconfort. Il est dur d’accepter l’angoisse existentielle que provoquent nos ignorances, et bien plus simple d’embrasser l’illusion du savoir ». Le showrunner conclut : « Il en va de même pour les fins de séries. Mieux vaut qu’elles soient ouvertes, ambiguës, mais qu’elles résolvent quelques éléments de l’intrigue pour apaiser notre peur de l’inconnu… »
« La rage de vouloir conclure est une des manies les plus funestes et les plus stériles qui appartiennent à l’humanité […]. Les plus grandes œuvres n’ont jamais conclu. » Correspondance de Gustave Flaubert dans une lettre du 23 octobre 1865 à mademoiselle Leroyer de Chantepie. Reprise dans Télérama en question à Damon Lindelof le 7 avril 2017.
Ces déclarations permettent de comprendre, a posteriori, le choix assumé de Lindelof – qui a souligné à plusieurs reprises qu’il ne s’excuserait jamais d’avoir écrit cette fin pour Lost, celle qu’il désirait. Revenons justement sur cette fin. Elle fut aussi considérée comme mielleuse, pleine de bons sentiments, de naïveté et de « guimauve », pour former un happy end. Si la scène des retrouvailles dans l’église est effectivement très émouvante, proche d’une catharsis, il faut garder en mémoire que, sur l’île, et donc « dans le présent et la vraie vie », la plupart des personnages sont morts au cours des dernières années : Boone, Shannon, Ana-Lucia, Libby, Eko, Charlie, Michael, Charlotte, Daniel Faraday, Danielle Rousseau et sa fille Alexandra, Jin et Sun, laissant leur fille orpheline, Sayid, Locke (même s’il meurt hors de l’île) et Jack. Un bilan très lourd, auquel on peut ajouter les pertes de personnages plus secondaires, comme Arzt, Ilana, Bram, Caesar , Zoe, Nikki, Paulo, ou tout simplement Widmore, Jacob et même l’Homme en noir… Ce ne sont pas les morts qui manquent ! Des premiers personnages principaux rencontrés, seuls cinq ont survécu : Sawyer, Hurley, Kate, Walt (enfermé dans un asile psychiatrique) et Claire (devenue folle et qui va devoir réapprendre la vie). S’y greffent bien sûr les rôles secondaires ou découverts un peu plus tard comme Rose, Bernard, Miles, Lapidus, Benjamin Linus, Richard, Desmond et Penny. Toutes ces épreuves ont meurtri les protagonistes encore en vie. Il est donc difficile d’estimer qu’il y a une fin heureuse sur ce point-là, bien au contraire.
Il est remarquable en revanche de noter que la fin de la série, lorsque Jack meurt, illustre d’une certaine façon la fameuse phrase « vivre ensemble [une fois dans “l’au-delà”] ou mourir seul [sur l’île, même si le chien Vincent est à ses côtés] ».


Plusieurs éléments ont pu contribuer à complexifier la compréhension de la fin de Lost. Tout d’abord, « simplement et banalement » le fait de ne pas avoir suivi assidûment la série. En 2021, Damon Lindelof déclarait que certains spectateurs qui clamaient (et lui reprochaient) que les naufragés « étaient tous morts depuis le début » n’avaient en réalité regardé que les deux ou trois premières saisons de Lost puis uniquement l’épisode final. Ces personnes ne savaient même pas qui étaient Daniel Faraday et Frank Lapidus par exemple. Si Lindelof a conscience que ce genre de témoignages n’est pas représentatif de la majorité, c’est néanmoins quelque chose qui s’est produit. Ensuite, il y a aussi la mauvaise lecture du discours de Christian, pourtant limpide, qui a finalement induit certains en erreur, les persuadant que l’ensemble des rescapés étaient morts au même moment, donc pendant le crash. Enfin, et c’est l’un des grands regrets de Carlton Cuse, l’incrustation durant le générique de fin du dernier épisode de vidéos de l’épave de l’Oceanic 815, rongée par le temps, ainsi que des débris sur la plage. Ces images ont accentué l’idée que l’avion s’était simplement écrasé et que personne n’avait survécu. L’idée provient indirectement de Barry Jossen, directeur d’ABC à l’époque, en 2010. Après avoir vu le montage de l’épisode final, Jossen avait peur que l’émotion procurée soit gâchée par une publicité juste après et a donc demandé à Lindelof et Cuse s’il n’y avait pas moyen d’inclure quelque chose au générique, afin d’effectuer une transition moins brutale entre la fin de la série et la publicité. À l’époque, les deux showrunners trouvent « cool » l’idée de montrer les pièces de l’avion sur la plage du début de la série. Ce sont bien eux qui ont choisi cela et non un monteur qui l’aurait ajouté sans leur accord (contrairement à ce qu’une légende urbaine sous-entend). Les images proviennent d’ailleurs de la première saison ! En effet, avant que ces décors réels soient déplacés car ils commençaient à s’abîmer et devenaient un risque pour l’environnement alentour, une équipe technique était allée les filmer. Placer ces « anciennes » images d’épave juste après la fin a donc suscité une mauvaise interprétation ou laissé planer un doute chez des spectateurs… Lindelof et Cuse n’auraient jamais pensé que « regarder l’épave de l’avion sur la plage pendant le générique de fin serait perçu comme une sorte de révélation massive ». Il ne faut rien y voir de plus qu’un simple clin d’œil aux premiers décors et lieux de la série et voir ce qu’ils sont devenus après toutes ces années passées sur l’île.
Pour les plus sceptiques, un visionnage à la suite de toutes les saisons permettra très certainement d’avoir un nouveau regard sur Lost. La série est disponible sur Disney+ depuis 2021 (et fut sur Amazon Prime Video en 2020 et 2021 également). Il y a même fort à parier que si la diffusion de Lost avait été à l’époque similaire à celle de Netflix (proposer tous les épisodes d’une saison d’un coup), les réactions auraient peut-être été moins brutales (on pense par exemple à Dark qui se rapproche de Lost par bien des aspects, voir page 313). Quoi qu’il en soit, ceux qui n’ont vu la série que par à-coups, en version française, à raison d’un ou deux épisodes par semaine, en en loupant un de temps à autre et en renouvelant ceci durant six ans, sont clairement invités à la redécouvrir en version originale sous-titrée et d’une traite. Cela prend du temps, bien entendu, mais si l’idée n’est pas rédhibitoire, il ne faut pas hésiter ! Par ailleurs, suivre Lost à l’époque de sa diffusion contribuait, évidemment, à faire vivre la série constamment, grâce aux discussions endiablées, sur Internet et dans la vie. Accompagner tous les héros, comme des amis, semaine après semaine, année après année, amplifiait considérablement l’attachement envers ces personnages certes fictifs mais tellement proches des spectateurs.
Enfin, et c’était une volonté des créateurs de la série, il s’agissait avant tout de vivre un voyage initiatique aussi bien pour les protagonistes de la fiction que pour le spectateur dans sa vie. Force est de constater que l’impact chez certains aficionados a été d’une puissance jamais retrouvée dans d’autres œuvres. La fin de Lost est d’ailleurs davantage une fin d’expérience plutôt que la fin d’un univers (contribuant, forcément, à la rendre clivante, comme l’on vient de l’observer).
