42 • L’héritage de Lost

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I – Livres de fiction
II – Essais et guide
III – Autres ouvrages (dispensables) et ceux en anglais
IV – Lost sur Internet en France de nos jours
V – Univers étendu et produits dérivés
VI – Chronologically Lost
VII – Les séries héritières de Lost
VIII – Les parcours croisés du casting
IX – Faut-il produire une suite à Lost ?
X – La révolution du médium et le rapport avec le public

Avant de revenir en détail * sur les ouvrages consacrés à Lost (principalement ceux sortis en France), voici en un coup d’œil ce qui a été disponible ou l’est toujours pour certains. Cette sélection d’une dizaine de livres est divisée en trois catégories : ceux appartenant au registre de la fiction pure, se déroulant dans l’univers de Lost et contribuant à enrichir (un peu) la mythologie de la série (même s’ils sont considérés comme semi-canoniques), ceux étant des guides ou des essais et, enfin, ceux qui décryptaient Lost ou donnaient quelques informations sur les coulisses de la série mais qui ont été publiés seulement après la première ou la seconde saison (leur intérêt est donc très limité tant d’années après).

* dans le livre majoritairement mais certains sont détaillés sur ce site.

[PREMIÈRE PARTIE • LIVRES DE FICTION]
Quatre romans de fiction furent édités chez Fleuve Noir (format poche), ils sont désormais disponibles uniquement sur le marché de l’occasion :

  • Bad Twin de Laurence Shames sous le pseudonyme de Gary Troup (janvier 2007).
    Un récit écrit par un passager du vol Oceanic 815 avec un peu d’autofiction.
  • Lost – Espèces menacées de Cathy Hapka (avril 2006).
  • Lost – Identité secrète de Cathy Hapka (juillet 2006).
  • Lost – Signes de vie de Frank Thompson (août 2006).
    Trois ouvrages centrés sur des survivants du crash qui évoluent sur l’île avec les Losties.

[DEUXIÈME PARTIE • ESSAIS ET GUIDE]
Parmi les ouvrages disponibles en français à l’achat à l’heure actuelle :

  • Les mêmes yeux que Lost de Pacôme Thiellement (éditions Léo Scheer, janvier 2011).
    Le premier essai consacré à la série en France, une lecture exigeante pour une exégèse atypique.
  • Lost – Fiction vitale de Sarah Hatchuel (PUF, janvier 2013).
    Un recueil plus abordable qui récapitule la série dans les grandes lignes et son rapport avec le spectateur.
  • Lost – Chaque mystère expliqué de Dylan Chandouineau sous le pseudonyme de Didi Chandouidoui (autoédition via Amazon, mai 2020).
    Un guide qui répond (quand c’est possible) à chaque mystère épisode par épisode. Une lecture précieuse mais conseillée en même temps qu’un nouveau visionnage de la série.

[TROISIÈME PARTIE • AUTRES OUVRAGES (DISPENSABLES)
ET CEUX EN ANGLAIS]
Trois autres titres furent en vente en France mais ne sont désormais disponibles que d’occasion, deux étaient des traductions d’ouvrages US. Ajoutons également le guide ultime (mais en anglais) à cette sélection, à savoir l’encyclopédie sur Lost, et quelques autres titres anglais :

Lost Les Disparus – Le guide officiel de Mark Cotta Vaz.
Publié chez Fleuve Noir en avril 2006 (ne couvre que la première saison).
Lost décrypté – Le guide non officiel de Lynnette Porter & David Lavery.
Publié chez Hors Collection Éditions en janvier 2007 (ne couvre que les deux premières saisons).
Success Story no 9 – Lost, la création d’un succès.
Magazine hors-série dirigé par Arnaud Violot publié en 2005 ou 2006 (ne couvre que la première saison).
Lost Encyclopedia de Paul Terry and Tara Bennett.
Encyclopédie « officielle » de Lost publiée en octobre 2010 chez DK (A Dorling Kindersley Book) – uniquement en anglais.
‒ Sélection de titres anglais

I – Livres de fiction

Les quatre romans cités dans ce chapitre ont tous été publiés en France chez Fleuve Noir, directement au format poche, entre avril et août 2006. Ils ne sont plus en vente aujourd’hui mais on les trouve aisément à bas prix sur le marché de l’occasion. Ils sont sortis chez Hyperion aux États-Unis, entre novembre 2005 et mai 2006. On ignore pourquoi d’autres fictions du genre n’ont pas suivi, peut-être un désintérêt du public ou des ventes trop faibles – Carlton Cuse indiquait en juin 2007 que Bad Twin n’avait pas été « à la hauteur des attentes ».

Ces livres sont considérés comme semi-canoniques, ce qui veut dire qu’on peut les inclure dans l’univers de Lost ou bien décider qu’ils n’en font pas partie. Ça ne change pas grand-chose dans les deux cas. À noter que seul Bad Twin a un réel intérêt et peut être vu comme un complément non négligeable, à l’inverse des trois autres titres, pourtant prometteurs – la survie de figurants et inconnus dans la série. Difficile de savoir comment ces récits ont été supervisés ou non par les auteurs de Lost. L’exploration des autres passagers n’a donc pas vraiment suscité d’engouement à travers ces œuvres…

Bad Twin de Laurence Shames,
sous le pseudonyme de Gary Troup (janvier 2007)

Polar écrit par Gary Troup, un passager du vol Oceanic 815 (Cuse et Lindelof ont confirmé qu’il s’agissait de la personne qui meurt « aspirée » par une turbine de l’avion dans l’épisode pilote). Gary Troup rapportait son manuscrit terminé à Los Angeles, celui que Sawyer lit régulièrement sur la plage dans la deuxième saison (Jack jettera la fin du livre dans un feu afin de provoquer Sawyer). L’histoire est fortement inspirée du « monde réel » (c’est-à-dire le monde de Lost), puisque sont évoqués la Fondation Hanso, les industries Paik, Oceanic Airlines, M. Cotcot, etc., et certaines thématiques de la série sont mises en avant, notamment le purgatoire (Gary Troup est d’ailleurs une anagramme de « purgatory »), la rédemption, les relations père/fils, etc.

C’est en réalité un roman de l’auteur états-unien Laurence Shames, publié en mai 2006 aux États-Unis (c’est-à-dire à la fin de la diffusion de la saison 2) et en janvier 2007 en France (six mois avant la diffusion de la troisième saison). La couverture de Bad Twin (dont le titre – « jumeau maléfique » – est particulièrement révélateur maintenant que l’on connaît la fin de la série !) stipule qu’il s’agit du « dernier roman [de Gary Troup] avant la disparition du vol 815 », ajoutant une confusion volontaire quant à sa situation de mise en abyme. Le roman est d’ailleurs considéré comme semi-canonique à Lost, bien qu’il n’apporte aucun complément d’information pertinent.

Avant de plonger dans l’histoire, une note éditoriale revient sur la vie de Troup, comme un hommage posthume. On découvre ensuite en introduction des échanges de mails entre l’écrivain (fictif, donc) et son éditeur ; l’ouvrage est par ailleurs dédicacé à Cindy Chandler, l’hôtesse de l’air qu’on aperçoit furtivement dans la série de temps en temps (voir page 235). En effet, Gary Troup est tombé amoureux de Cindy lors de ses voyages. Il ira même jusqu’à l’évoquer dans son roman puisque le détective privé Paul Artisan, personnage principal de l’œuvre, prend un vol où officie Cindy. Artisan est recruté par Clifford Widmore, afin de retrouver son frère jumeau Zander Widmore (Clifford et Zander sont les petits
neveux de Charles Widmore – ce dernier n’apparaît pas dans Bad Twin).

D’un point de vue littéraire, le roman n’est pas exceptionnel, l’enquête est assez prévisible, le style relativement convenu et classique, le rythme plutôt correct, certains dialogues et situations sont peu crédibles. Si l’on fait l’impasse sur ces défauts, on prend tout de même plaisir à lire de nombreux clins d’œil à Lost, avec plus ou moins de subtilité (même si à l’époque, le côté jumeau diabolique était loin d’être au centre de la série, il était par contre évoqué dans une scène coupée de la première saison [voir page 58] ; ces deux éléments laissent à penser que cette idée de jumeaux, de Bien et de Mal chez chacun d’entre eux était prévue depuis les débuts de Lost).

Extraits choisis par thématique (à découvrir en détail dans Tout savoir sur LOST) : le double & les jumeaux, les références littéraires & les parallèles entre lecteurs et spectateurs, le purgatoire, les références directs à Lost.

On ignore la part d’implication de Lindelof et Cuse dans ce livre mais on peut supposer, au minimum, soit une supervision de l’ensemble, soit une liste de ce qui devait y être injecté (ou ne pas l’être). Bad Twin a probablement été écrit durant la diffusion de la deuxième saison (il est sorti aux États-Unis à la fin de celle-ci) et même possiblement entamé avant, donc après la première saison. Il est donc remarquable de constater autant de sujets reliés à Lost alors qu’à l’époque de la conception de Bad Twin, ceux-ci n’étaient pas spécialement mis en avant dans la série (à commencer par l’idée d’un jumeau maléfique). Faut-il y voir une anticipation des showrunners ou un heureux hasard ? Après ce qu’on a vu dans les précédents chapitres, on penche sincèrement pour la première option !

Lost – Espèces menacées
de Cathy Hapka (avril 2006)

Premier roman sorti autour de Lost en France (en avril 2006, soit avant le début de la diffusion de la deuxième saison chez nous et en novembre 2005 aux États-Unis, au début de la saison 2 là-bas). Catherine Hapka (sous le prénom Cathy) est une auteure britannique, initialement spécialisée dans les livres jeunesse et souvent liés à des franchises (Shrek, Marvel, DC Comics, L’Âge de glace, Lego, Le Petit Monde de Charlotte…). Avant d’écrire une histoire originale pour Lost, elle en avait signé une pour Alias (le onzième volume, Trafic aux antipodesSkin Deep en VO), précédente création de J. J. Abrams. Elle a aussi écrit autour de la série Wildfire et a cosigné la trilogie young adult Pelham Lane. On lui doit les deux premiers livres de fiction sur Lost, Espèces menacées et Identité secrète.

Espèces menacées se concentre sur Faith (qu’on pourrait traduire par « foi » ou « destin »), une étudiante en biologie spécialisée dans les serpents qui survit au crash de l’Oceanic 815 (on ne la verra jamais dans la série). Sans surprise, le roman alterne les flashbacks et le quotidien sur l’île à chaque chapitre. Dans le passé, on découvre le milieu un brin « militantisme écologiste » dans lequel évolue Faith ainsi que sa vie de couple. Malheureusement, ce n’est guère passionnant et affreusement prévisible. Difficile aussi de réellement s’attacher à Faith, extrêmement timide et fragile, voire un peu idiote, diront les mauvaises langues (on lui en fait même la remarque un temps). Dans le « présent », la jeune femme croise quasiment tous les naufragés de Lost et parle avec certains d’entre eux : Jack, Kate, Locke, Boone, Michael, Walt, Sayid, Hurley, Claire, Sawyer… Hélas, ces instants ne sont guère mémorables, relativement convenus afin de ne pas chambouler l’univers existant (rappelons que Hapka n’avait probablement vu que la première saison de Lost au moment de l’écriture du livre, cadenassant le récit à celui déjà existant – et que les showrunners ont possiblement listé ce qui était acceptable d’y inclure ou non).

Il ne s’écoule même pas deux jours sur l’île durant l’entièreté du roman, resserrant les éventuelles intrigues dans la jungle ou sur la plage (l’action se déroule grosso modo durant le double épisode pilote). On retrouve donc quelques séquences culte comme la bagarre entre Sayid et Sawyer, et on assiste à la découverte du jeu de backgammon dans une valise par Locke. On sait aussi d’où proviennent les sacs à dos donnés à Sayid et Kate pour leur expédition en haut d’une montagne pour capter un signal radio. De son côté, Faith est en conflit avec un autre naufragé, George, insupportable paternaliste (inédit dans la version télé aussi, comme pour Faith) et on apprend qu’il y a des serpents sur l’île – se demandant si ce petit roman n’était pas une réponse à quelques fans s’interrogeant durant la première saison sur l’absence de ces reptiles dans la jungle.

Pour l’anecdote, Locke cite le poète de John Donne, Nul homme n’est une île complète en elle-même (p. 125). Bref, des éléments bien maigres pour y trouver un réel intérêt. Seule piste vaguement mise en avant et prometteuse (et qui donne l’explication du titre du livre) : la présence d’oiseaux dont l’espèce était éteinte depuis 1920, les Perroquets du paradis. Cela aurait pu amorcer un autre mystère autour de l’île (possiblement avec la DHARMA Initiative qui étudiait comment et pourquoi des animaux disparus vivaient sur l’île) mais ça n’a pas été exploré outre mesure. En synthèse, Espèces menacées n’est absolument pas essentiel et se révèle relativement pauvre comme complément.

Lost – Identité secrète
de Cathy Hapka (juillet 2006)

Second roman d’Hapka consacré à un nouveau personnage, Dexter, lui aussi survivant du crash (et jamais vu dans la série télé, évidemment), dont le passé est narré par alternance de chapitres. Le quotidien sur l’île est un brin plus passionnant que le précédent livre car le protagoniste parle davantage avec la plupart des naufragés, dont Arzt et, surtout, Boone et Shannon, qui sont régulièrement avec Dexter.

Ce jeune homme cache une « identité secrète » (d’où le titre du roman) : il se fait passer pour un fils de riches avocats new-yorkais dans le but de ne pas décevoir sa petite amie, Daisy. Ce subterfuge n’a aucun intérêt dans le présent et est surtout prétexte aux flashbacks suivant l’évolution d’un étudiant en littérature sous l’emprise castratrice de sa tante qui lui paie son université. Rien de très palpitant, donc – on pouvait s’attendre à une double vie plus exotique –, il s’agit « banalement » d’un mensonge qui a cimenté son couple et d’une « personnalité d’emprunt » qui pourrait « voler en éclats » (p. 83).

Sur l’île, Dexter est souvent vu et aperçu à des endroits où il n’est pas. Il est difficile de savoir si c’était possiblement une manifestation du monstre car il ne peut pas prendre l’apparence de quelqu’un de vivant. On se rabat alors sur la carte de l’hallucination visuelle mais c’est peu cohérent car Arzt, Claire et d’autres sont catégoriques : c’est bien Dexter qu’ils ont vu (à différents moments, différents lieux et de façon individuelle). Dexter pense qu’il a peut-être été confondu avec Boone, les deux se ressemblant vaguement…

L’explication la plus « logique » est une sorte de double créé par Dexter lui-même, peu conscient de cet état (dédoublement de la personnalité, donc) mais là non plus, ça ne colle pas car Dexter est avec Michael à un moment où d’autres jurent l’avoir vu ailleurs. Néanmoins, c’est la justification utilisée dans la dernière ligne droite du roman (quand Dexter rencontre lui-même son double – nommé Super Dexter). Même si c’est la piste à privilégier, on a davantage l’impression d’être devant un mystère pas vraiment résolu… Dexter voit d’ailleurs son propre reflet se modifier dans l’eau, contredisant alors la notion d’un visage identique au sien, bref, difficile de comprendre réellement la véritable nature de tout ceci, c’est un peu dommage. C’est peut-être aussi pour cela que l’histoire n’est pas officielle, on aurait pu imaginer le monstre ou l’île derrière tout cela, mais cela n’est jamais réellement soulevé ainsi.

L’un des fils rouges du roman est la recherche de Daisy parmi les survivantes du crash. Problème : Dexter ne se souvient plus si sa compagne avait pris l’avion avec lui… La conclusion du livre ne répond pas non plus à cette question, laissant donc le lecteur avec une deuxième frustration. Dommage car cette quête tenait plutôt en haleine (et pouvait déboucher sur un happy end – ils se retrouvent – ou à l’inverse, une fin plus osée – le cadavre de Daisy est découvert).

Seule phrase très prophétique liée à Lost qu’on lit à la fin d’Identité secrète : « [Dexter] commençait à réaliser qu’il y aurait toujours des choses qu’il ignorerait, ou ne pourrait comprendre. Peut-être était-ce le principe même de la vie. » (p. 187) Inutile de préciser que le spectateur aussi se trouverait (à terme) dans cet état d’esprit face aux mystères de Lost !

L’action se déroule jusqu’à la mort du marshal, donc à la fin du troisième épisode de la première saison, centré sur Kate. De nombreux personnages croisent la route de Dexter ou sont évoqués, des plus célèbres (Kate, Sawyer, Michael, Charlie, Hurley, Locke, Jack et, comme dit plus haut, principalement Boone et Shannon) aux plus discrets : Arzt, Scott, Steve mais également Faith et George (du livre précédent) ainsi que Janelle et Larry. On ne le sait pas dans le livre mais Janelle (Granger de son nom) était l’auteure d’un journal intime mis en ligne sur le site d’ABC durant la première saison. Des textes qui enrichissaient très vaguement l’univers de Lost, se concentrant sur des figurants rescapés mais n’apportant rien de très important à la mythologie de la série. Par ailleurs, ce journal provenait du département marketing d’ABC et non des auteurs de Lost, le considérant donc comme non officiel. Larry était un autre survivant qui draguait Janelle. Pendant la saison 2 de Lost, c’est Chris Dobson qui a relayé l’écriture d’un vrai/faux journal intime, toujours sur le site de la chaîne.

Identité secrète est donc, à l’instar d’Espèces menacées, totalement dispensable. On apprécie un peu le quotidien sur l’île et les retrouvailles avec Boone et Shannon, mais c’est tout… Les deux énigmes amorcées tout au long du récit (le double de Dexter et la recherche de Daisy) sont des pétards mouillés qui ne trouvent pas de réelles conclusions satisfaisantes, contribuant à ne pas recommander le roman et à ne pas chercher de connexions avec l’île ou le monstre dans le cas du Super Dexter (sic).

Lost – Signes de vie
de Frank Thompson (août 2006)

Dernier volet du triptyque consacré à des survivants figurants, ce livre est cette fois écrit par Frank Thompson, scénariste, producteur et historien du cinéma états-unien. Il œuvre davantage sur des documentaires et a signé, entre autres, plusieurs ouvrages sur le siège du Fort Alamo (dont il est spécialiste), la novélisation du film Le Roi Arthur (2017), un beau livre sur L’Étrange Noël de monsieur Jack et, surtout, différents essais sur le cinéma (les films perdus, le réalisateur Henry King, etc.). Une bibliographie qui tranche radicalement avec celle d’Hapka. Pour le meilleur ou pour le pire ?

Clairement, Signes de vie est la plus intéressante des trois fictions ! Cela ne veut pas dire que le titre est un indispensable mais il se démarque des deux précédents grâce à quelques segments un peu plus originaux. Tout d’abord, l’écriture de Thompson est plus soignée que celle d’Hapka, le vocabulaire est plus riche (à l’exception du terme « le colosse » pour décrire Hurley, péniblement rabâché ad nauseam). Ensuite, l’auteur casse quelque peu le schéma habituel de la narration. S’il alterne globalement les flashbacks et le présent sur l’île à chaque chapitre, il enchaîne parfois deux chapitres sur l’île et quasiment l’intégralité du dernier tiers du livre s’y déroule sans temps mort ! Cela ajoute un rythme bienvenu et s’éloigne du passé du personnage principal (Jeff), peu surprenant et éculé – atrocement cliché et insupportable. En effet, Jeff est un artiste peintre et sculpteur de renommée internationale, charmeur et homme à femmes, incluant ses étudiantes. Peu empathique (dans le récit qui se déroule avant le crash), Jeff évolue dans plusieurs pays, dont l’Écosse, avec Savannah, dont il est tombé amoureux, puis l’Australie.

Enfin, le séjour de Jeff sur l’île est davantage palpitant (s’étalant sur les premiers jours de la première saison sans que ce soit très bien précisé). Le rescapé vit d’abord en marge des autres, dans un « studio » aménagé avec des lianes dans lequel il dessine. Le cœur du titre est une longue partie de chasse au sanglier où le naufragé accompagne Locke, Hurley, Michael et Charlie. Il croise aussi Kate, Walt, Jin et quelques autres. Retrouver de façon plus prononcée cette poignée de Losties est particulièrement agréable. À l’époque, le livre pouvait même être analysé avec de nouveaux mystères ! Jeff et ses compagnons font face à une menace invisible, rarement décrite concrètement, constituée de sortes d’ombres menaçantes. Sans oublier des hallucinations de Jeff, des cauchemars parfois prémonitoires et d’étranges dessins – qu’il a produits sur l’île et qu’il retrouve trait pour trait dans des grottes inquiétantes –, l’interrogation du purgatoire, un talisman « magique », etc. Avec le recul et en sachant que Signes de vie n’est pas canonique, difficile de voir dans l’attaque subie par ces énigmatiques « créatures d’ombre [aux] yeux rouges flamboyant de rouge » (!) une connexion avec le monstre, l’Homme en noir, même s’il était légitime de penser cela au moment de la publication. Le reste de ces éléments mystiques et bizarres poussait également à la réflexion.

On retrouve aussi une phrase prophétique, clamée par Locke : « Crois-moi, nous pourrions parler de choses étranges jusqu’à la fin des temps et nous ne réussirions pas à faire le tour de toutes celles qui se passent sur cette île » (p. 128). Jeff lui-même, vers la fin, convoque « une aventure [avec une] dose de surnaturel ». Il ajoute même : « Ce n’était que l’une des choses mystérieuses qui arrivent parfois, sur cette île. Une chose entièrement inexplicable. » (p. 169) Un peu facile comme justification… La conclusion est d’ailleurs particulièrement « surréaliste », changeant presque de paradigme et agencée maladroitement. En somme, Signes de vie est le plus original des trois ouvrages (ou plutôt le « moins pire ») mais n’apporte rien de plus à l’univers de Lost, malheureusement…

Ces trois livres ne sont donc pas réellement conseillés (le troisième passe un peu mieux, comme on vient de le voir). Plus surprenant, les quatrièmes de couverture révèlent clairement pourquoi chaque protagoniste a pris l’avion à Sydney, gâchant ainsi l’intrigue se déroulant dans le passé… Si ces trois fictions n’enrichissent pas du tout Lost, on peut saluer la tentative de donner vie à d’autres rescapés du crash par ce biais (littéraire – et vite avorté) ou d’autres (le jeu vidéo éponyme à la série, voir page 298), ou l’ajout rétroactivement de deux d’entre eux à la troisième saison (Nikki et Paulo). L’intention multiple est louable mais, dans les autres médiums, la faible qualité des histoires et le statut de semi, voire non canonique, a enlevé tout intérêt. Il y avait probablement quelque chose « à faire » avec tous ces nombreux figurants, relayés à l’arrière-plan dans Lost et (presque tous) tristement destinés à mourir dans des attaques de groupe. C’était d’ailleurs le but assumé des showrunners durant la troisième saison mais, à l’issue de celle-ci, comme ils l’ont souligné, ils se sont aperçus très rapidement de l’erreur d’ajouter Nikki et Paulo et ont même coupé au montage plusieurs scènes sur eux deux (voir page 61) avant de les « enterrer vivants ». Comme évoqué au début de ce chapitre, Bad Twin n’a pas atteint son objectif, également selon Cuse, sans oublier les trois autres romans très moyens. Ces enchaînements ont probablement écarté tout projet dédié aux figurants. S’y attarder maladroitement ainsi n’a donc pas fonctionné et peut-être était-ce pour le mieux.

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II – Essais et guide

Pacôme Thiellement, Sarah Hatchuel et Didi Chandouidoui sont probablement les trois spécialistes de Lost les plus connus en France. Les deux premiers grâce à leur ouvrage sur la série ainsi que différentes conférences données sur Lost, le troisième grâce à sa chaîne YouTube DHARMA – Station 7 (plus de 60 000 abonnés), ainsi que son petit guide autopublié. Présentation (détaillée dans Tout savoir sur LOST, très sommaire pour ce site 😉 ).

Les mêmes yeux que Lost de Pacôme Thiellement
Publié aux éditions Léo Scheer en janvier 2011.

Premier livre sur la série écrit par un Français. Pacôme Thiellement, vidéaste, essayiste et auteur de plusieurs livres, dont trois sur Twin Peaks, revient sur l’aspect mystique de la série en reprenant les courants de nombreuses religions et philosophies de vie (bouddhisme, hindouisme, islam chiite, gnose judéo-chrétienne, etc.) et livres d’histoire. Les mêmes yeux que Lost peut éclairer, voire établir un nouvel avis sur la fiction.

C’est un complément singulier, qualifié d’exégèse de la série, avec des approches mystiques orientales. Ce prisme, véritable obsession de l’auteur, offre une grille de lecture spirituelle qui peut s’avérer novatrice, complexe ou tirée par les cheveux selon notre degré d’acceptation (impossible de savoir si les scénaristes songeaient réellement à toutes les références qui parsèment Les mêmes yeux que Lost). Attention tout de même, l’ouvrage n’est pas forcément « abordable » et peut nécessiter des recherches pointues pour connaître les multiples références citées par Thiellement.

[…]

Le livre est toujours disponible légalement au format numérique (11,99 €) mais ne semble plus être imprimé ou destiné à l’être (il n’apparaît d’ailleurs plus sur le site de l’éditeur).
Extraits du livre
► Une quinzaine d’articles ou interviews liés à Lost sur le site de l’auteur
Lost in Gnos Station (entretien avec Pacôme Thiellement) – podcast de 43 min (novembre 2017)
Lost : Il n’était pas la lumère mais… (conférence à Rennes en 2016 autour de l’épisode S04E11 : Cabin Fever | Le Messager) – vidéo d’une heure environ (voir ci-dessous la suite avec Sarah Hatchuel)
Lost : Juiletologie (conférence à Rennes en 2017 autour de l’épisode S05E08 Lafleur | Monsieur Lafleur)
Pacôme Thiellement – Lost (conférence au Forum des Images à Paris – en 2012 a priori) – vidéo d’une heure et quart environ

Lost – Fiction vitale de Sarah Hatchuel
Publié chez PUF en janvier 2013.

Il s’agit d’une thèse universitaire rédigée par Sarah Hatchuel, « professeure en littérature et cinéma anglophones, directrice du groupe de recherche Identités et cultures à l’université du Havre et codirectrice de la revue TV/Series (voir un peu plus bas) ». Le livre est très accessible, aborde quelques thématiques intéressantes, cite énormément d’articles et ouvrages en anglais. L’étude dresse quelques théories mais s’adresse surtout aux téléspectateurs qui ont suivi Lost sans jamais réellement creuser autour plutôt qu’aux fans acharnés qui n’apprendront pas grand-chose (ce constat, personnel, n’est évidemment pas une critique négative, au contraire).

[…]

Le livre est toujours disponible et coûte 13 €.
Acheter le livre
Extraits
Conférence à Rennes en 2016 autour de l’épisode S04E11 : Cabin Fever | Le Messager (intégralité des 6 vidéos) et conférence en 2017 (avec Delphine Lemonnier) autour de l’épisode S05E08 Lafleur | Monsieur Lafleur)

À noter que Pacôme Thiellement et Sarah Hatchuel ont aussi écrit à quatre mains The Leftovers, le troisième côté du miroir (Playlist Society, octobre 2019, 14 €), essai évidemment consacré à la série The Leftovers de Damon Lindelof (voir page 310). Ils nourrissent également des articles sur Lost dans la revue en ligne TV/Series (voir un peu plus bas).

Lost – Chaque mystère expliqué
de Didi Chandouidoui

Un livre autopublié sur Amazon en mai 2020 qui répond (quand c’est possible) à chaque mystère sous forme de guide de lecture épisode par épisode.

Didi Chandouidoui est un youtubeur dont la chaîne DHARMA – Station 7 aborde Lost sous différents angles (voir un peu plus bas). C’est évidemment le compte à suivre pour les amoureux de la série. Le vidéaste (Dylan Chandouineau de son vrai nom, révélé par la suite) a autopublié un guide à lire idéalement en même temps qu’un nouveau visionnage de Lost.

Ainsi, l’ouvrage se découpe épisode par épisode. Toutes les interrogations qui peuvent être soulevées en visionnant l’un d’eux sont compilées et une réponse factuelle y est apportée. À lire uniquement si on connaît déjà Lost, bien sûr, car les réponses sont sourcées en fonction de ce qu’on verra dans les épisodes suivants, voire dans les saisons ultérieures. Quand il n’y a pas d’explication précise dans la série, cela est notifié également avec, de temps en temps, une théorie possible (mais le but n’est pas de « partir dans des gymnastiques mentales », comme le souligne Chandouidoui en avant-propos).

[…]

Acheter en ligne (8,15 €).

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III – Autres ouvrages (dispensables) et ceux en anglais

Deux livres (traduits de l’anglais) sont sortis en France en 2006 et 2007 au moment où Lost jouissait encore d’un gros succès populaire. Un magazine hors-série français petit format fut disponible durant la même période et on l’ajoute volontiers à cette sélection car il se concentrait uniquement sur la série, sans publicité. Toujours en France, à l’exception des premiers numéros du magazine officiel Lost, il n’y a pas eu d’autres livres sur la série (exception faite, bien entendu, des précédents évoqués dans les deux premiers chapitres). La présentation de l’un d’eux est disponible sur ce site ci-après ainsi que certains en anglais (les autres, comme toujours, à découvrir dans Tout savoir sur LOST).

Lost Les Disparus – Le guide officiel
de Mark Cotta Vaz

Publié chez Fleuve Noir en avril 2006 (ne couvre que la première saison).

Il s’agit du premier guide (entièrement sur papier glacé) sorti en France sur Lost (avril 2006), aussi titré Les chroniques des disparus. Sa version originelle, en anglais, fut publiée en octobre 2005 et comportait carrément un DVD incluant, entre autres, l’épisode pilote de la série. Mark Cotta Vaz avait déjà signé un livre similaire sur une autre série : Alias, les dossiers secrets. Il a écrit de nombreux ouvrages sur le cinéma et les effets spéciaux ou visuels.

Lost Les Disparus – Le guide officiel se divise en trois sections. Une sur l’univers de Lost (incluant un entretien avec J. J. Abrams et Damon Lindelof), probablement la plus passionnante. Une qui résume tous les épisodes de la première saison, sans grand intérêt même si, à l’époque, c’était un bon moyen de se rappeler la saison 1 si on n’avait pas les DVD. La dernière est carrément un making-of, en immersion durant une semaine pendant le tournage, entre autres, de l’épisode S01E17 (centré sur Jin). Le journal de bord de l’auteur s’étale du lundi 10 au samedi 15 janvier 2005, avec nombre de photos prises sur place.

On apprend dans ce guide (« officiel » car avec accord de la production) plusieurs éléments sur la genèse de Lost, même si la plupart sont désormais connus de tous (et dont certains ont servi à recouper des sources pour ce présent livre). Il y a beaucoup de citations d’acteurs assez consensuelles mais toujours sympathiques à découvrir. Notons de même les nombreuses photos de tournage, certaines inédites, et qui montrent aussi le titanesque travail d’effets visuels à ajouter en postproduction.

Aujourd’hui, ce genre de recueil est moins palpitant qu’à l’époque puisqu’il s’est écoulé cinq autres saisons ensuite et que bien des informations ne sont plus vraiment inédites pour les fans de Lost. Néanmoins, c’est celui qu’on aurait tendance à conseiller le plus aux complétistes, d’autant qu’il se trouve à prix abordable d’occasion. Il est dommage de ne pas avoir eu un livre du même acabit pour chaque saison !

Lost Encyclopedia
de Paul Terry and Tara Bennett

Encyclopédie « officielle » de Lost publiée en octobre 2010 chez DK (ADorling Kindersley Book) – uniquement en anglais.

Cette célèbre encyclopédie n’a jamais été traduite en français – triste constat que la fin de la série n’ait pas drainé suffisamment d’importance pour les éditeurs de notre pays pour prendre ce risque.

Paul Terry et Tara Bennett sont deux journalistes spécialisés dans les séries télé et le cinéma. Terry a notamment travaillé pour Lost : The Official Magazine (31 numéros en 5 ans, d’octobre 2005 à août 2010) et a publié, entre autres, des ouvrages consacrés à la série X-Files (les deux volumes de The X-Files – The Official Archives, inédits en France). Tara Bennett a beaucoup écrit sur Outlander (The Making of Outlander – The Series : The Official Guide pour les différentes saisons) et quelques ouvrages sur le cinéma (Terminator Renaissance, Avatar – La voie de l’eau…). Terry et Bennett ont signé plusieurs ouvrages en binôme en plus de celui sur Lost : Fringe, les notes de septembre (Huginn & Muninn), Story of Marvel Studios (inédit en France), The Blacklist : Elizabeth Keen’s Dossier (inédit en France)…

Leur encyclopédie sur Lost est initiée par ABC. Selon Tara Bennett, le contenu aurait été soumis à Gregg Nations et validé par lui, coordinateur de scénarios de Lost dès son arrivée (après la première saison) qui constitua la bible de la série et suivit la chronologie des évènements. Il a aussi coécrit deux épisodes (dont le remarquable S05E09 centré sur Richard). Lindelof et Cuse ont signé une préface et auraient été « consultés » pour certaines questions.

Ce beau livre d’environ 400 pages présente de multiples éléments de Lost dans l’ordre alphabétique. Il n’y a donc pas de structure précise, tout est « mélangé ». On passe d’un personnage à un objet puis un lieu sans rapport entre eux. Une catégorisation aurait été la bienvenue. Les informations sont assez convenues et permettent surtout de se rappeler « qui est qui » ou l’origine d’un artefact, etc. L’on apprend parfois quelques nouveaux éléments narratifs ou explicatifs (initialement jugés « canoniques »
– on en parle dans quelques paragraphes).

La force du livre est sans aucun doute ses illustrations, plus d’un millier (!), qui ne sont pas forcément des images tirées des épisodes mais de véritables photographies d’objets de tournage. Des cartes sont aussi présentées. On apprécie également la liste des logos DHARMA, une frise avec tous les animaux étudiés, un récapitulatif du voyage de conscience de Desmond (ci-dessous, cliquez pour agrandir), etc.

Pourquoi utiliser le conditionnel et différents guillemets à propos de cette encyclopédie ? Car elle a été annoncée comme « officielle » et, surtout, que les éclaircissements qu’elle apportait étaient à considérer comme canoniques. Mais… le livre contient différents types d’erreurs qui mettent en doute la véracité de ces « nouvelles » informations.

Tout d’abord, l’encyclopédie oublie de parler d’éléments importants, comme les murmures, ou bien de certains personnages secondaires, comme Ji Yeon Kwon (la fille de Jin et Sun), Cassidy Phillips (ancienne compagne de Sawyer et mère de leur fille Clementine), etc. Ensuite, l’ouvrage se trompe sur différentes choses, parfois mineures comme des durées ou des dates, parfois grossières. La liste est longue et le but ici n’est pas de les compiler (accessible sur Lostpedia en français et en anglais) mais, par exemple, il est stipulé que Linus jette le corps de Jacob dans le feu après l’avoir tué alors que c’est « Locke » qui fait cette action. Il est aussi dit que lors d’un voyage dans le temps, Charlotte et Daniel aperçoivent la statue de Taouret (avec Sawyer, Juliet et Miles) alors qu’ils n’y étaient pas. Ces erreurs sont assez nombreuses et à chacun d’estimer la « gravité » de ces inexactitudes. Il n’y a rien de choquant en soi néanmoins. Enfin, de nombreuses fautes de grammaire et d’orthographe parsèment l’ouvrage.

Un mois avant la sortie de l’encyclopédie, à la suite des nombreuses interrogations des fans sur des erreurs découvertes dans les extraits promotionnels du livre, Paul Terry et Tara Bennett refusent farouchement d’en parler, préférant se concentrer sur la promotion. Devant l’insistance des fans, Bennett avance que ce sujet des erreurs dans l’encyclopédie ne les concerne pas à partir du moment où « le contenu a été approuvé par des personnes qui écrivent et créent la série ». Toutefois, le binôme ouvre un compte sur formspring.me (désormais spring.me), intitulé NotesfromIsland, afin de discuter rapidement avec différents lecteurs et internautes, sous forme de questions/réponses sur l’encyclopédie en général. Dès la sortie du livre (18 octobre 2010), les auteurs croulent sous les questions liées à leurs
erreurs et arrêtent d’y répondre au bout de trois jours, arguant qu’ils passent à autre chose et ne reviendront pas là-dessus…

Cette polémique remet donc en question l’authenticité de ce qui est avancé concernant les nouveaux éclairages ou informations. Tour d’horizon sur les plus importants, dont certains semblaient évidents mais sont ainsi confirmés.

Ce qu’il se passe après le dernier épisode :
Les survivants qui quittent l’île à bord de l’Air Ajira 316 (Sawyer, Kate, Richard…) sont bien revenus sains et saufs à la civilisation. Kate et Claire ont bien retrouvé Aaron par la suite. Ben et Hurley ramènent effectivement Walt sur l’île. Ils ont aussi ramené Desmond en sécurité chez lui.

Cindy (l’hôtesse de l’air) et les enfants Zach et Emma (qui sont frère et sœur) sont vivants sur l’île. Cindy a d’ailleurs vécu ensuite sur l’île (comme Rose et Bernard) après s’être jointe à Hurley.

Widmore a exécuté la Purge en représailles car la DHARMA Initiative n’avait pas respecté leur trêve (Linus sous-entendait qu’il avait agi sous les ordres de Widmore ou ceux de Jacob, il semblerait donc que Linus ne mentait pas, pour une fois). Pierre Chang est bien mort durant la Purge. Les cendres autour de la cabane de Jacob avaient bien une brèche la première fois que Locke et Linus y sont allés (chose qui paraissait évidente mais qui est donc confirmée ici). On ignore comment ce cercle de cendres avait était abîmé mais il a ainsi permis à l’Homme en noir d’entrer dans la cabane où Jacob n’était (ou ne résidait) plus et se faire passer pour lui (voir page 199). Linus apprit son existence après la Purge.

Jacob a touché le visage d’Ilana pour le soigner, lorsqu’il s’est rendu à l’hôpital pour lui parler en Russie. Magnus Hanso, commandant du Black Rock, a dit à son second qu’un certain Jacob avait commandé leur expédition et que c’était lui qui était responsable de leur mésaventure (car l’équipage mourait petit à petit, Hanso lui-même avait des saignements de nez, etc.). Une fois Jacob mort, l’Homme en noir ne peut plus changer d’apparence humaine. L’Homme en noir pouvait aussi être présent à deux endroits à la fois, il perd également cette capacité à la mort de Jacob. « Mother » a tué les habitants du village pendant la nuit et brûlé leurs habitations (cela ne confirme ou n’infirme pas la possibilité qu’elle fût elle-
même une entité de fumée noire). Le phare a été construit par les mêmes habitants de l’île qui ont construit le temple et la statue de Taouret.

Lost Encyclopedia n’est plus réimprimée et se trouve donc uniquement sur le marché de l’occasion elle aussi, à prix variable du fait de sa modeste rareté mais, surtout, de son statut plutôt officiel.

[…] Toujours côté magazines en anglais, citons le célèbre hebdomadaire TV Guide qui a multiplié les couvertures sur Lost. Si la revue (fondée en 1953) n’est évidemment pas centrée sur la série (il s’agit avant tout du programme télé de la semaine), elle a publié quelques numéros collector sur Lost. Celui du 30 janvier 2005 est ainsi sorti avec six couvertures (Jack, Kate, Sawyer, Sayid, Charlie et Locke) ! De même, le numéro du 28 août 2005 proposait un disque avec des images de la saison et le titre de Drive Shaft par exemple. Rendez-vous sur eBay pour dénicher ces raretés… Le célèbre magazine Mad a également consacré un numéro (le # 453, sorti le 1er mai 2005) à Lost (We Get Lost), aisément trouvable de nos jours.

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IV – Lost sur Internet en France de nos jours

Lost a été diffusé de 2004 à 2010, en même temps que l’émergence des réseaux sociaux et durant l’âge d’or des blogs et forums. Les fans ont profité de ces outils et ont parlé de la série de différentes façons, contribuant à la faire vivre, partout dans le monde, entre ses épisodes et ses saisons. Pendant plusieurs années, ABC avait même conçu plusieurs sites officiels, pour poursuivre le mythe de Lost simultanément à sa diffusion, en même temps que les fans qui alimentaient leurs propres sites (tous sont malheureusement fermés aujourd’hui, voir liste complète ici).

Plus de 20 ans après la diffusion de l’épisode pilote, que reste-t-il de Lost sur Internet en France ? Il y a évidemment de nombreux articles et vidéos sur YouTube mais la plupart sont disparates, une analyse par-ci, un hommage par-là. Les lister dans ce livre n’aurait pas d’intérêt alors une sélection a été faite dans les « compléments inédits ». La probabilité que certaines adresses soient supprimées à terme conforte dans cette idée de les laisser sur le site dédié qui pourra, en plus, être mis à jour au fil du temps avec d’éventuelles nouveautés. […]

En revanche, il apparaît indispensable de citer le site ultime et incontournable pour tout fan de Lost qui se respecte, ainsi qu’une chaîne YouTube, un documentaire vidéo de deux heures et le numéro hors-série d’une revue en ligne dédiée à Lost. Découverte.

Lostpedia est le site le plus connu parmi la communauté des fans. Il s’agit tout simplement d’une encyclopédie en ligne basée sur le modèle de Wikipédia (donc une écriture collaborative reposant uniquement sur des faits, avec un ton neutre) et consacrée à Lost.

► Version française : https://lostpedia.fandom.com/fr (redirige vers https://lostpedia.fandom.com/fr/wiki/LOSTpédia)
► Version US (en anglais) : https://lostpedia.fandom.com

La version française de Lostpedia recense (début 2024) près de 3 500 articles et sa grande sœur des États-Unis en a carrément un peu plus du double, près de 7 500 ! Ces indispensables compagnons de route reviennent notamment sur chaque personnage et chaque épisode avec minutie, les notes de production et connexions ou thématiques reliées. Lostpedia détaille aussi scrupuleusement les différents architectes qui ont œuvré sur la série tout en compilant les mystères et tout ce qui peut être utile à la compréhension de Lost. De vraies mines d’or ! Ces deux sites ont évidemment servi de sources ou à en recouper d’autres pour l’élaboration de ce livre. À noter que le forum qui accompagnait la version française a fermé ses portes en 2017 (si des nostalgiques traînent sur ce site, petit cadeau en image ci-dessous !).

En 2009, tous les Lostpedia (toutes langues confondues) comptabilisaient 17 millions de visiteurs par mois dont 13 millions pour celui en anglais et 340 000 pour le français (soit… 4 millions en 2009 chez nous !). En février 2024, près de 45 000 visites sur Lostpedia en français étaient recensées, de quoi conserver un engouement presque intact 14 ans après la diffusion de la dernière saison !

La chaîne YouTube dédiée à Lost la plus connue chez les fans : DHARMA – Station 7, de Didi Chandouidoui.
https://www.youtube.com/c/DHARMAStation7/videos

[Premier paragraphe à découvrir dans le livre]

En 2017, Didi lance sa chaîne secondaire consacrée à Lost (@DHARMAStation7), elle recueille début 2024 presque 60 000 abonnés. Dans ses vidéos, il reprend des théories de Lost ou bien propose les siennes. Il explique aussi quelques coulisses de la série et fait parfois appel à des experts (aviation, science…) pour analyser la « crédibilité » d’éléments de Lost. En mai 2020, il autopublie un guide sur les mystères de Lost, précieux outil à lire en redécouvrant la série, épisode par épisode (voir un peu plus haut de cette page).

Ci-dessous, l’une des vidéos les plus visionnées de la chaîne (et l’une des plus réussies – selon l’auteur de ces lignes).

Le documentaire Destination Lost, produit par le site smallthings.fr et mis en ligne en mai 2020.
https ://www.youtube.com/watch?v=HJdYZQtA04g (vidéo ci-dessous)

Dix ans après la fin de la série, ce documentaire de Thomas Wachnicki explore Lost sous différents angles : la relation fusionnelle avec des spectateurs, la conclusion clivante du show, etc. Le tout étayé par de nombreux témoignages de fans français et des interventions du journaliste Nico Prat.

Pour les anglophones, la chaîne Previously on LOST (@previouslyonlost7311) a partagé de nombreuses vidéos sur la série : les bonus des DVD et Blu-ray, les mobisodes, des interventions médiatiques, etc.
https://www.youtube.com/@previouslyonlost7311

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Toujours en anglais, la chaîne LOST EXPLAINED est particulièrement appréciée pour (comme son titre l’indique) ses explications factuelles et habilement montées sur des images de la série.
https://www.youtube.com/@LOSTEXPLAINED108

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Enfin, il existe une revue en ligne, entièrement textuelle, qui va intéresser les fans cherchant une dimension plus analytique et universitaire. Sobrement intitulée TV/Series, et initiée en 2012, elle se définit comme « une revue scientifique [visant] à accueillir des articles en français et en anglais sur les fictions sérielles audiovisuelles de tout pays. Ces fictions sont analysées comme œuvres narratives, esthétiques et idéologiques, se déployant sur de multiples supports de diffusion. La revue est pionnière dans son exploration pluridisciplinaire des enjeux culturels de sérialité et de reprise soulevés par la fiction audiovisuelle, avec un regard nourri de littérature, narratologie, philosophie, études visuelles, études culturelles, géographie, histoire, sociologie, etc. ». Les directrices de publication sont Sarah Hatchuel, de l’université du Havre (et auteure de Lost – Fiction vitale, voir un peu plus haut) et Ariane Hudelet, de l’université Paris-Diderot. En 2016, le premier numéro Hors séries (sic) est mis en ligne et entièrement consacré à Lost, sous le titre Lost : (re)garder l’île.
https://journals.openedition.org/tvseries/1603

Ce numéro est établi sous la direction de Sarah Hatchuel et Claire Cornillon (docteure en littérature comparée, titulaire d’un master en études cinématographiques et professeure agrégée à l’université Paul Valéry–Montpellier 3 – elle codirige également la collection Sérial aux Presses universitaires François Rabelais). On peut lire gratuitement en ligne ou en PDF les différentes études rédigées par deux noms bien connus chez les fans, à savoir Pacôme Thiellement et Sarah Hatchuel, mais aussi Claire Cornillon, Guillaume Dulong, Florent Favard, Louis-Paul Willis, Randy Laist, Bertrand Nouailles, Hugo Clémot et Vladimir Lifschutz.

Au programme, 13 articles répartis en 6 sections : L’expérience affective dans et de Lost, Les intertextes et influences de la série ainsi que Les questions de doute et de foi, de l’altérité et de l’acceptation et de fatalisme. La revue est ouverte aux contributions si certains veulent proposer des articles (il y en avait 10 lors de sa mise en ligne en 2016 et 13 début 2024). Il n’y a pas forcément d’informations « complémentaires » qu’un fan de la série pourrait apprendre mais plutôt des analyses, grilles de lecture et autres exercices de style du genre à découvrir. Attention, il arrive que la lecture soit ardue, remplie de termes compliqués et inutilement chargée. Ironiquement, l’un des auteurs mettait pourtant en garde « contre un délire de surinterprétation nécessairement décevant » alors que c’est ce qu’on lit parfois dans ces textes souvent alambiqués.

À noter la chaîne YouTube GUEST TV/Series qui « accueille les productions et interventions des membres du groupe GUEST Normandie qui travaillent sur les séries télévisées. Elle est également reliée aux travaux de la revue en ligne TV/Series. C’est cette chaîne qui héberge des conférences de Thiellement et Hatchuel évoquées plus haut (ainsi que d’autres, dont une récente d’avril 2024 à Montpellier sur l’épisode S02E05 par exemple).

Pour l’anecdote et dans un genre similaire, Saison. La revue des séries est une revue papier (mais disponible à l’achat en numérique également) lancée en 2021 et dirigée par Emmanuel Taïeb, professeur de science politique à Sciences Po Lyon. Avec deux numéros par an chez Classiques Garnier, elle se définit comme « la première revue papier entièrement consacrée aux séries. Son comité de rédaction composé de journalistes, d’essayistes, d’universitaires et de professionnels du secteur audiovisuel (scénaristes, monteurs, réalisateurs), ainsi que de plumes spécialisées, tous grands amateurs de séries, s’en emparent comme matériau filmique et narratif, mais aussi comme phénomène de société inédit. Chaque numéro propose des articles dédiés à des séries très différentes, et des articles plus transversaux, utiles aux sériephiles consacrés ou dilettantes, aux lecteurs avides d’informations et d’analyses, comme aux fans incollables ». On trouve, entre autres, une interview de Pacôme Thiellement par Charlotte Blum dans le numéro 2 (2021 – 2) à propos des fins [de séries] de Damon Lindelof.
https://classiques-garnier.com/saison-la-revue-des-series.html

Le réalisateur Taylor Morden et le producteur Ralph D. Apel débutent en mars 2023 le tournage de Getting Lost *, un documentaire sur la série. En août 2023, ils lancent une campagne de financement participatif et atteignent, en quelques semaines, le palier symbolique des 108 000 dollars. Les donateurs ont pu voir Getting Lost le 22 septembre 2024, pour les 20 ans du show, en recevant une copie digitale, un Blu-ray (en nombre limité) ou carrément une cassette VHS (en édition limitée également). Le documentaire sera probablement disponible sur Internet ensuite.

* Il manque le mot « Getting » dans le livre… Désolé pour cette erreur qui a échappé aux multiples relectures !

Quasiment l’intégralité du casting de Lost y a participé à l’exception notable de Matthew Fox (Jack) qui a malheureusement refusé… Damon Lindelof et Carlton Cuse sont de la partie * ainsi que le compositeur Michael Giacchino, le metteur en scène Jack Bender et, entre autres, le scénariste Javier Grillo-Marxuach (pourtant peu satisfait de son expérience de travail, voir page 156).
www.gettinglostdoc.com

* Après l’écriture de l’ouvrage, il a été révélé que J. J. Abrams a également rejoint la distribution. Tous les comédiens présents sont sur la page IMDb du documentaire (outre Matthew Fox, on déplore l’absence de Naveen Andrew, inoubliable Sayid).

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V – Univers étendu et produits dérivés

Si la série Lost se suffit à elle-même pour la comprendre (avec ou sans son épilogue bonus), un petit univers étendu s’est forgé au fil des années, essentiellement avec des jeux en ligne, des vidéos et parfois via des produits dérivés. Il n’avait pas de grand impact sur la fiction à la télévision (comprendre que ne pas le connaître n’est absolument pas grave) et était surtout réservé aux puristes.

Le principal univers étendu (déjà abordé dans ce livre, notamment pour les explications de la Fondation Hanso et le projet DHARMA, voir page 209) est lié à différents sites en ligne (au moment de la diffusion de la série, ils sont désormais tous fermés ou renvoient vers le site d’ABC, voir liste complète) qui livraient des indices pour connaître, entre autres, les origines de la DHARMA Initiative et la fausse épave du vol 815 (pour les deux premiers jeux, les suivants n’ont pas apporté grand-chose d’intéressant). Au-delà d’une complémentation de l’univers de Lost, il s’agissait de puissants outils de marketing viral, à une époque où le milieu culturel et Internet en étaient à leurs balbutiements sur ce sujet. Le fan, le spectateur, l’internaute devenait/devient consomma(c)teur digital de contenus.

Trois jeux furent proposés : L’Expérience LOST (se déroulant entre les saisons 2 et 3), Find 815 (entre les 3 et 4), la Campagne de recrutement du projet DHARMA (entre les 4 et 5) et, de manière plus insolite et amusante, Damon, Carlton and a Polar Bear (nom informel – on y reviendra – qui se déroule entre les saisons 5 et 6). On peut aussi y greffer la fausse série Mysteries of the Universe, qui proposait simplement de courtes vidéos sur le projet DHARMA ainsi que le site Lost University, tous deux disponibles juste avant la diffusion de la dernière saison.

L’Expérience LOST : à découvrir dans le livre.

Find 815 : à découvrir dans le livre, sauf le dernier paragraphe ci-après.

[…] Ajoutons un sympathique documentaire sur les Six d’Oceanic proposé en bonus sur les DVD et Blu-ray de la quatrième saison, sous un angle conspirationniste quant à la véracité des témoignages des survivants et les interrogations soulevées par rapport à leur survie et, justement, l’emplacement de cette épave (en vidéo ci-dessous).

La Campagne de recrutement du projet DHARMA a été un jeu faussement plus long et moins « palpitant ». Il a duré de fin mai 2008 (fin de la saison 4) à fin janvier 2009 (début de la diffusion de la saison 5) mais n’a réellement débuté que fin juillet. Après une publicité (ci-dessous en vidéo) diffusée pendant le final de la saison 4 (donc fin mai 2008) promouvant l’inscription sur un site (désormais fermé) pour l’organisation Octagon Global Recruiting, la suite s’est déroulée au salon Comic Con de fin juillet où les préinscrits pouvaient effectuer des tests pour être bénévoles à différents postes (ingénieurs, mécaniciens, conducteurs de van, zoologistes, etc.).

Suite à découvrir dans le livre.

Mysteries of the Universe est le titre d’une fausse série, annoncée comme une vraie fiction des années 1980 diffusée sur ABC. De juillet à novembre 2009, donc avant la diffusion de la sixième et dernière saison (février 2010), une série de vidéos de Mysteries of the Universe était diffusée chaque mois sur le site d’ABC. Chacune d’elles parlait du projet DHARMA, apportant de maigres informations complémentaires. Une sixième et dernière vidéo a été incluse en bonus sur les DVD et Blu-ray de la cinquième saison, accompagnant les cinq premières. En parallèle, de juillet à décembre, le comédien Paul Scheer (quasiment inconnu en France) tient un blog sur lequel il montre un tableau de Lindelof, Cuse et un ours polaire (cf. ci-dessous), qu’il va offrir aux showrunners lors du Comic Con de juillet 2009 (d’où le nom, informel, de Damon, Carlton and a Polar Bear pour ce nouveau « jeu »).

Suite à découvrir dans le livre.

[…] En synthèse, à l’exception des deux premiers « vrais » jeux multimédias en ligne qui, non seulement apportaient quelques informations inédites, mais nécessitaient une véritable cohésion et de la matière grise, les autres étaient davantage promotionnels et avec un intérêt moindre. Mais il faut saluer le travail fourni qui permettait aux fans d’avoir quelque chose à se mettre sous la dent entre chaque saison et, évidemment, de théoriser et de continuer de faire parler de Lost sur les forums, blogs, etc.

Le « second » univers étendu est bien plus abordable et passionnant. Il s’agit tout simplement des pièces manquantes de la saison 4, c’est-à-dire les différentes scènes coupées qui s’intègrent canoniquement dans Lost. Ces scènes étaient envoyées sur les téléphones mobiles (d’où leur nom VO de mobisodes) de la marque Verizon avant d’être disponibles dans les coffrets DVD et Blu-ray de la quatrième saison. On peut considérer l’épilogue de Lost comme une ultime pièce de cet univers étendu, bien plus marquant que le reste et, là aussi, à considérer de façon officielle et canonique. Cf. les vidéos sur cette page.

Fort de son succès populaire, Lost n’a pas échappé à des produits dérivés, principalement durant ses deux, voire trois premières saisons. Au programme, quatre livres de fiction, chroniqués en ouverture de cette section. L’on retient surtout Bad Twin, là où les trois autres (Espèces menacées, Identité secrète et Signes de vie) sont plus anecdotiques. Par ailleurs, ils ne sont pas considérés comme canoniques mais semi-canoniques, donc leur intérêt est moindre malgré le plaisir de croiser les Losties et différents éléments phares de la série.

On évoquait la carte du bunker en amont (voir page dédiée), sa retranscription au verso de quatre puzzles dédiés à Lost est considérée comme canonique ! C’est probablement le seul produit dérivé de type « jouet » qui ajoute des éléments importants à Lost. Intitulée Lost – Mystery of the Island Jigsaw Puzzle, cette collection regroupait donc quatre puzzles de 1 000 pièces chacun. The Hatch (la trappe), The Others (les Autres), The Numbers (les nombres) et Before the Crash (avant le crash) ont été mis en vente entre juillet 2006 et février 2007.

Si l’image à former sur chaque puzzle n’était pas très esthétique (différentes captures d’écran d’épisodes vaguement mises en page), l’intérêt se situe une fois les quatre puzzles terminés. En les retournant et en les plaçant côte à côte (deux en haut et deux en bas), puis en étant dans le noir, on obtenait en vert sur fond noir la fameuse carte du bunker sous forme phosphorescente (ci-dessous) ! La mention « Spoiler Warning » était même écrite sur les boîtes. C’était à l’époque le seul moyen d’avoir en haute résolution cette image et d’enfin pouvoir lire et décrypter ce qu’elle indiquait ; les fans s’en sont donné à cœur joie, décrochant quelques révélations mineures.

Les trois premiers puzzles se trouvent encore neufs à prix abordable (10 à 20 dollars – mais les frais de port depuis les États-Unis augmentent douloureusement le total) tandis que le quatrième et dernier est devenu extrêmement rare et onéreux (150 dollars minimum) !

[Après une page et demi sur le jeu vidéo Lost – Les Disparus (LOST : Via Domus en VO), un court aragraphe évoque un jeu moins connu, à découvrir ci-dessous.]

Toujours côté jeux vidéo, un jeu pour smartphone est sorti en janvier 2007, simplement nommé Lost : The Mobile Game. Écrit par Gregg Nations, scénariste de Lost et chargé de la cohérence des scénarios durant quasiment toute la série, il permettait d’incarner Jack et de revivre les évènements des deux premières saisons et le début de la troisième. Le crash, la survie, l’enlèvement de Claire, la découverte de la trappe, le Black Rock, le bunker, les Autres… étaient ainsi à découvrir, complémentés à de nombreuses interactions avec les autres naufragés. Très pixelisé et uniquement disponible en anglais, il n’était pas très difficile (quelques énigmes, un peu d’habileté et de survie) mais permettait une première approche vidéoludique portative sympathique (vidéo intégrale du jeu ci-après).

[Toute la suite du chapitre revient longuement sur des figurines, goodies et autres produits dérivés (dont un jeu de société traduit en français !) et conclut par le texte un peu plus loin mais avant quelques images de choses improbables.]

Il y a évidemment eu d’autres objets de merchandising, principalement aux États-Unis. De nombreux tee-shirts et accessoires arborant le logo de DHARMA étaient en vente durant la diffusion de la série. Quelques-uns sont toujours disponibles sur le site d’ABC. Hawaï a aussi accentué son activité touristique en proposant The Lost Tour, différents parcours situés sur les lieux de tournage de la série (https://losttourshawaii.com).

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VI – Chronologically Lost

Comme son nom l’indique, Chronologically Lost est une relecture de Lost dans l’ordre chronologique. Peu après la diffusion de l’épisode final en mai 2010, un fan de Chicago, Mike Maloney, 27 ans à l’époque, entreprend un nouveau montage de la série qu’il partage sur un site (www.chronologicallylost.com). Il se base sur la timeline très détaillée de Lostpedia.

Trois mois plus tard, l’ensemble est achevé et disponible en téléchargement de type torrent. Si ce nouveau montage est destiné aux fans, le proposer sous cette forme reste illégal mais ABC n’a pas cherché à le faire supprimer et Lindelof était même au courant (on en parle plus loin).

Chronologically Lost réduit la série à 101 épisodes (au lieu de 121), d’une durée moyenne de 45 à 55 minutes (au lieu d’une quarantaine), parfois même une heure ou un chouilla plus et sans générique de fin. Le montage inclut les fameux mobisodes, permettant de mieux les officialiser, ainsi que l’épisode avec Linus et Walt.

Chaque épisode a pour titre la date, l’année ou la période qui y est montrée. On peut ainsi scinder en six parties Chronologically Lost.

[Les paragraphes normalement situés à cet endroit sont à lire dans Tout savoir sur LOST]

À un épisode près, on avait un pourcentage parfait mais qui reste cohérent et intéressant : 56 % de la série correspondent donc à la survie sur l’île après le crash, 15 % à 23 % du temps de Lost sont consacrés aux flashbacks et voyages dans le temps dans le passé, 6 % au quotidien des Six d’Oceanic, 11 % au retour sur l’île pour la conclusion et « seulement » 5 % aux flash-sideways. De quoi relativiser au maximum si on les trouve trop présents (ou pour clouer le bec à certains détracteurs !). Par ailleurs, en ajoutant les deux épisodes sur Jacob et son frère ainsi que celui sur Richard (les deux premiers de Chronologically Lost), les 11 du retour sur l’île et les 5 des flash-sideways, ces derniers représentent à peine 28 % de la sixième et dernière saison, donc même pas un tiers de celle-ci – comme on l’évoquait en début d’ouvrage.

Laissons les chiffres de côté et revenons à cette nouvelle façon de visionner Lost sous un prisme inédit. Parmi les choses singulières et propres à ce montage : la possibilité de voir les mêmes évènements se dérouler en même temps par un système d’écran divisé (split screen), procédé souvent utilisé au cinéma mais peu dans les séries, puis démocratisé dans 24 heures chrono à partir de 2001. C’est particulièrement remarquable quand tous les Losties se retrouvent à l’aéroport de Sydney avant le crash
ou au moment de celui-ci, aussi bien du point de vue des passagers que de celui de Desmond sur l’île, ainsi que Ben, Juliet et les Autres. Cela génère parfois jusqu’à cinq écrans différents (Desmond, Juliet, Charlie, Kate et Jack par exemple) ! Idem lorsque les naufragés de la queue de l’avion évoluent en même temps que les autres protagonistes. On apprécie également le passage de l’explosion de la trappe vécue par Desmond d’un côté et par Jack, Locke, Hurley et Kate d’un autre côté, tout ceci sur le même écran scindé en deux vidéos.

Si tous les flashbacks successifs et un peu entremêlés ne sont pas les plus passionnants, toute la survie sur l’île en une seule (très longue) ligne droite est davantage stimulante. De même pour le quotidien des Six d’Oceanic puis le retour sur l’île de tout le monde. Toutes ces séquences conservent leur dynamisme, enlevant même la frustration d’être coupé par les sempiternels flashbacks (puis flash-forwards et flash-sideways). Cela permet aussi de mieux apprécier les évolutions de caractère de certains protagonistes (Sun, Sayid, Sawyer…) qui paraissaient peut-être moins nuancées dans le montage initial, celui-ci jonglant trop souvent entre différentes périodes à chaque épisode.

Dans une autre mesure, le spectateur peut relativiser – voire aimer – la sixième saison, fréquemment décriée. Voir tous les évènements qui se déroulent sur l’île à la suite permet de mieux savourer les nouveaux éléments de la mythologie de Lost (le temple, le phare, la Source…) et de suivre et comprendre plus aisément les différentes équipes (Ilana et ses hommes, Jack et Hurley, Sawyer et « Locke », Widmore et Desmond…). Toutes proportions gardées, mais cela peut sincèrement faire revoir cette saison à la hausse. La fin sur l’île perd en revanche de son intensité émotionnelle, d’autant qu’elle est suivie par l’épilogue de la série dans le même épisode. Si la dimension spirituelle des flash-sideways avait agacé certains, il suffit de… ne pas regarder les cinq derniers épisodes de Chronologically Lost ! Malgré tout, revoir ces flash-sideways à la suite et dans l’ordre amène à une nouvelle vision assez plaisante. On distingue ces séquences davantage comme une réalité alternative (ce qu’elle n’est pas, bien entendu) et cela contribue à la découvrir sous un regard presque neuf.

Le prestigieux journal The New York Times a évoqué Chronologically Lost en juin 2013 sur son site dans un article sur les montages conçus par les fans, notamment sur Arrested Development et Lost.

L’occasion pour Damon Lindelof de se prononcer sur le sujet. D’un côté, il s’interroge sur la frontière entre respect de la volonté des auteurs originels, d’un autre, il apprécie cet enthousiasme de créativité et encourage même à demi-mot les fans à poursuivre ce genre d’initiatives, comprenant que ça puisse plaire. Lindelof estime toutefois que ces montages perdent de leur force narrative (et, de facto, l’attachement émotionnel aux personnages). Il assure n’avoir jamais regardé Chronologically Lost et ne veut pas le faire, même s’il aime l’impulsion que sa création génère. Lindelof conclut que, s’il ne souhaite pas voir ce montage, c’est aussi car une part de lui ne saurait pas quoi penser (de lui-même et son travail) si Lost fonctionnait mieux dans cet ordre. On le rassure, ce n’est pas le cas, même si Chronologically Lost est une relecture intéressante.

Alors, faut-il voir ce montage chronologique atypique ? Le fan acharné de Lost qui a déjà visionné la série plusieurs fois devrait bien essayer, oui ! Attention, il n’existe qu’en VO, donc en anglais, avec ou sans les sous-titres (en anglais uniquement). En revanche, découvrir la série pour la première ou la seconde fois sous cette forme est fortement déconseillé, cela gâcherait toute l’immersion souhaitée initialement par les showrunners et la proposition de l’époque si palpitante. À l’instar de Lost, ce montage est avant tout une expérience et aucun doute que le plaisir de retourner sur l’île sera bien présent !

En 2024, Nicolas Dando (encore lui !) et Alexandre Pfingstag travaillent sur un projet similaire nommé LOST: Chrono Cut (www.lostchronocut.com). L’objectif est multiple : correction d’erreurs chronologiques par rapport à Chronologycally Lost, ajout de quelques scènes oubliées, sous-titrage en français, découpage des épisodes pertinent en fonction des cliffhangers ou thématiques et montage bénéficiant d’excellentes transitions audios et vidéos pour une expérience de visionnage tout aussi plaisante que la série d’origine.

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VII – Les séries héritières de Lost

Si l’engouement pour Lost s’est, toutes proportions gardées, atténué au fil de sa diffusion, cela n’a pas empêché d’autres productions de séries de tenter d’en reprendre les ingrédients pour appâter les spectateurs – rappelons que Lost piochait déjà dans deux fictions culte pour établir son univers : Le Prisonnier (1967) et Twin Peaks (1990).

Toute la suite de ce chapitre est à découvrir dans Tout savoir sur LOST 😉

Mais… je tenais à vous laisser une liste de différentes séries (via leurs affiches) pour vous aiguiller vers différentes fictions qui ont l’ADN de Lost, pour diverses raisons (procédés narratifs, attachement émotionnel, construction non linéaire, mystères multiples, survie après un crash aérien…) – attention, cela ne veut pas dire que ces séries sont forcément bonnes ou rappellent forcément Lost mais elles m’apparaissent pertinentes pour plusieurs raisons (les détails sont à lire dans l’ouvrage).

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