23 • Mystères, théories et interprétations (et… des paradoxes et incohérences ?)

Avant-propos de Didi Chandouidoui
Note d’intention
I – L’île, Jacob, son frère, leur mère, les Autres
II – La cabane de Jacob et les cendres
III – Les nombres 4, 8, 15, 16, 23, 42
IV – La fondation Hanso, le projet DHARMA et la Purge
V – La carte de la station du Cygne et les hiéroglyphes
VI – L’attaque de la pirogue
VII – Walt et ses pouvoirs
VIII – Le passé de Libby
IX – Tour d’horizon • Part. 1/2 : personnages secondaires *
X – Tour d’horizon • Part. 2/2 : concepts, lieux, artefacts… *

* ces deux chapitres ont été fusionnés en un seul pour le livre : « IX • Tour d’horizon (en deux parties) »

Tous ces chapitres sont à découvrir dans le livre à l’exception de la Note d’intention en ouverture, de La carte de la station du Cygne et les hiéroglyphes (retranscrits partiellement sur ce site) et L’attaque de la pirogue. Toutefois, le chapitre La fondation Hanso, le projet DHARMA et la Purge contient un aparté sur la station La Tempête (et sa variante lostienne shakespearienne), disponible également ici.

Note d’intention

Lost est assimilé à de nombreux mystères (comme on vient déjà un peu de le voir). Le plus célèbre étant l’ours polaire dans la jungle visible dès le double épisode pilote. La fiction a bâti une part de sa réputation sur ses énigmes (souvent résolues quelques épisodes plus tard) et ses théories innombrables propagées par les spectateurs. Ces derniers étant très actifs sur Internet, notamment à travers des forums, puis des sites spécialisés et les réseaux sociaux. Un engouement rarement atteint à la fois pour parler d’une fiction mais aussi pour élaborer des théories autour de celle-ci (il n’y a d’ailleurs jamais vraiment eu d’autre « phénomène » de la même ampleur par la suite, à part peut-être pour Game of Thrones – capable de rassembler différentes générations et un public hétérogène). La fameuse « discussion autour de la machine à café au travail » après la diffusion d’un épisode s’est muée en discussion instantanée avec des inconnus autour d’une passion commune.

Nous sommes alors au milieu des années 2000 (2004 à 2010), pile dans l’ère de « bascule » entre le traditionnel rendez-vous devant la télévision aux États-Unis comme en France et le développement numérique, les prémices de la VOD. Chez nous, Lost fut diffusé plusieurs mois après les US, le samedi soir sur TF1 à 20 h 50 – chose inédite, cet horaire étant normalement réservé à des émissions de divertissement – durant ses deux premières saisons (2005 et 2006), au rythme de deux épisodes par soir, avant d’être relégué au lundi soir pour la troisième saison (2007) et en deuxième partie de soirée. La quatrième saison a retrouvé son créneau du samedi soir (2008) mais en deuxième partie de soirée. La saison 5 eut droit à une diffusion encore différente : les mercredis et jeudis, avec un épisode chaque soir (2009), également en fin de soirée. La sixième et dernière saison, TF1 la diffuse uniquement le mercredi soir (2010), en seconde partie de soirée, puis carrément en troisième partie…

En parallèle, la série était visionnée illégalement par piratage (streaming et/ou téléchargement) – une vente au format digital sur la fin fut mise en place en France mais n’a pas réellement fonctionné. Enfin, l’achat de support physique (DVD/Blu-ray) a également contribué à la démocratisation de Lost, période où il y avait, de toute façon, moins d’alternatives pour accéder au marché vidéo.

Ces différents axes permettant de voir la série ont permis d’alimenter le bruit autour de Lost et, forcément, les théories. Si le show était diffusé de nos jours directement sur une plateforme de SVOD (Netflix, Disney+, Prime Video…) en une seule fois, il y a fort à parier que Lost serait davantage « éphémère » et perdurerait moins longtemps (à l’image de Dark par exemple, dont nous reparlerons en fin d’ouvrage). L’accompagnement émotionnel serait probablement moins intense aussi. Heureusement, cette nouvelle façon de visionner des séries permet tout de même de redonner un second souffle et de redorer le blason de Lost (comme déjà évoqué, en offrant une nouvelle lecture aux anciens spectateurs ou en la faisant découvrir à de nouvelles générations).

Contrairement aux idées reçues, la plupart des mystères de Lost trouvent une explication censée et même rationnelle (dans l’univers créé, bien entendu). Il faut bien sûr « accepter » la part de registre fantastique ou de science-fiction propre à la série dans la résolution de ces mystères, mais quasiment tous ont reçu une réponse (qui ne satisfait pas forcément tous les fans, certes, mais c’est un autre débat). Il existe une poignée de mystères qui n’ont pas d’explications mais qui bénéficient de quelques pistes ouvertes pour que chacun théorise dessus. Certains spectateurs approuvent cette façon de faire, laissant ainsi la série « vivre » après sa diffusion, continuant de nourrir les réflexions. D’autres estiment, à l’inverse, qu’il s’agit d’une paresse d’écriture des auteurs, voire d’un aveu de faiblesse (ils ne savaient pas où ils allaient ni comment expliciter telle ou telle chose et, donc, n’ont pas pris de risques en ne les résolvant pas de manière formelle). Chacun se fera évidemment son propre avis sur le sujet.

Si la fin de Lost n’était pas un mystère en soi mais nécessitait quelques explications pour ne pas se perdre entre les lieux et temporalités (voir page 37), ce chapitre dresse les éléments qu’on a jugé utile d’indexer. Il convient aussi de revenir sur les mystères les plus célèbres ou ceux qui ont des clés de compréhension, mais parfois pas évidentes.

Il faut également garder en tête que les showrunners n’ont pas forcément eu des explications de leur côté, ce sont les fans qui ont établi des théories qui permettent de coller le puzzle narratif, émotionnel et si complexe qu’est Lost. Lindelof et Cuse ont reconnu avoir parfois apporté des réponses « après coup », tout n’était donc pas anticipé.

Car évidemment, les scénaristes ne savaient pas obligatoirement où ils allaient (assez flagrant dans la troisième saison) même si certaines grosses trames narratives étaient apparemment prévues depuis le début – mais lesquelles ? Au minimum, une île « magique », qui se déplace, l’idée d’un jumeau maléfique, etc. Les scénaristes et producteurs se sont aussi contredits quelques fois. L’un affirmait que la série ne proposerait jamais de voyage dans le temps et resterait à la limite de la crédibilité réaliste de la science-fiction (dans la première saison notamment), avant de finalement évoluer vers cela (dans les saisons 4 et 5). J. J. Abrams avait déclaré sur une radio en France que s’ils avaient écrit sur une lettre la fin de Lost et l’avaient déposée dans un coffre-fort qu’ils auraient ouvert six années après, ç’aurait été la même fin que ce qu’auraient vu les spectateurs. S’il ne mentait pas, il évoquait très certainement le plan final de la série, à savoir l’œil de Jack qui se ferme avant sa mort, exactement au même endroit qu’au début de la série. En soi, cela est sans doute vrai car ça permet de boucler la boucle d’une jolie façon. Matthew Fow a d’ailleurs confirmé qu’il était le seul acteur à connaître cette fin-là également, c’est-à-dire sa mort et son œil qui se ferme en guise de plan final. Damon Lindelof l’avait mis dans la confidence « très tôt ».

Bref, à chacun de piocher dans ses préférences de théories pour y trouver une satisfaction (ou une frustration). Peut-être que c’était parfois voulu par les showrunners, peut-être que non. On ne le saura probablement jamais. Ce livre n’a pas la prétention de les résoudre mais d’établir uniquement des faits sur ce qui est montré et dit. Les quelques théories évoquées restent plausibles sans être trop farfelues. Par ailleurs, il faut complètement adhérer à la partie à la fois « surnaturelle » de Lost pour accepter certaines résolutions, mais aussi, dans une moindre mesure et comme on l’a déjà vu, partager certaines « croyances » pour accepter non pas les mystères, mais le monde des flash-sideways et la fin de la série. Un pan qu’on peut également attribuer à toute la dimension autour la Source (le premier chapitre à venir) : que choisit-on de croire ? Que décide-t-on d’interpréter comme tel ?

Les mystères plus « simplistes » sont évoqués à la fin de ce chapitre afin de satisfaire les moins connaisseurs ou ceux qui auraient oublié quelques éléments clés. Enfin, il faut surtout reconnaître qu’il n’y a que des mystères de « microsujets » qui n’ont pas de résolution stricte ou d’explications cohérentes, ils sont listés à la fin de la section. D’une manière générale, les showrunners ont favorisé, à l’instar de Jacob, une certaine « non-intervention » de leur part pour ne pas livrer toutes les clés de Lost. Ils comptaient, à tort ou à raison (ou avec mauvaise foi), sur l’intelligence des fans pour assembler le puzzle eux-mêmes et ne pas être assistés ou tenus par la main pour cela. Une façon de faire toujours clivante, même 20 années plus tard. Sept ans après la fin de Lost, Lindelof assumait encore cet état d’esprit. « Un bon récit ne vaut pas pour les réponses qu’il apporte mais pour le chemin qu’il faut suivre pour les trouver, déclarait-il en avril 2017. Je préfère dire qu’il vaut surtout pour l’absence de réponses. Elles ne seront pas à la hauteur des questions, à moins qu’elles ne dépassent la simple explication pour présenter quelque chose de métaphysique, de plus profond. » À demi-mot, Lindelof estime même qu’ils en ont trop dévoilé. « Nous avons souhaité éclaircir les mystères semés tout au long de la série. Nous y sommes à moitié parvenus. Il aurait fallu laisser quelques questions sans réponses, gérer la frustration des téléspectateurs sans vouloir à tout prix expliciter ce qu’ils ne comprenaient pas. »

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III – Les nombres 4, 8, 15, 16, 23, 42

Tout ce chapitre est à découvrir dans le livre ! Une vidéo accompagne l’un des paragraphes (même si le symbole ► est absent de la page 208 où il était censé être…).

[…] Enfin, les coordonnées 4 815 162 342 pointent un lieu isolé au beau milieu de l’océan Pacifique, à l’exact opposé de la Tunisie, endroit où « atterrissent » les personnes ou les animaux (les ours polaires) qui tournent la roue gelée (faisant se déplacer l’île dans l’espace – voir page 243). Il s’agit peut-être de l’endroit où était initialement l’île, à moins que ce ne soit encore… du hasard ?

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IV – La fondation Hanso, le projet DHARMA et la Purge

Ce chapitre revient évidemment sur ce qui compose son titre : la fondation Hanso (peu abordée dans la série), le projet DHARMA (DHARMA Initiative en VO) et la Purge (l’extermination des membres du projet DHARMA par les Autres – avec la complicité de Benjamin Linus), dont la date d’exécution est sujette à débat. Toutes les stations DHARMA sont indexées et détaillées et, pour ce site, nous revenons uniquement sur celle de La Tempête qui a de légers funfacts un peu détachés de Lost.

[…] La Tempête est une station dont on ignore l’utilité à l’époque du projet DHARMA. Il s’agissait probablement des recherches et expériences liées aux études sur la météorologie (son nom et son logo vont dans ce sens), possiblement pour essayer de faire pleuvoir ou contrôler les températures. En revanche, peu avant la Purge, les Autres l’ont utilisée pour concevoir le gaz toxique qui décimera les membres de la DHARMA Initiative (peut-être que ces derniers l’utilisaient aussi de cette façon, afin de créer différentes armes chimiques). Goodwin était chargé de la gérer. « La Tempête » fait également référence à l’œuvre éponyme de Shakespeare. Dans cette pièce de théâtre, Prospero et sa jeune fille Miranda sont envoyés sur une île déserte mystérieuse aux propriétés mystiques. La magie de Prospero le fait régner en maître sur cet endroit où il a deux disciples : l’esprit de l’air Ariel et le monstre Caliban, être négatif symbole de violence et de mort. Prospero fera venir ensuite sur l’île son frère Antonio et d’autres échoués, auxquels il fera subir des épreuves initiatiques. De quoi rappeler, évidemment, plusieurs aspects de Lost (à commencer par Prospero en Jacob, Ariel en Richard et Caliban en Homme en noir). Hasard ou coïncidence, le réalisateur Jack Bender avait mis en scène une adaptation en téléfilm en 1998 avec Harold Perrineau (Michael) en Ariel ! Des représentations modernes de La Tempête se sont carrément enrichies d’éléments de Lost ou ont repris des graphismes des affiches de la série (cf. images ci-dessous et comme le démontre Sarah Hatchuel, spécialiste de Shakespeare et de Lost, dans son article Lost : une « romance » shakespearienne ? sur la revue en ligne TV Seriesabordée ici). Autre funfact, le Cygne (The Swan) était aussi le nom du théâtre dans lequel Shakespeare présenta ses premières pièces durant la première moitié de sa carrière, à la fin du XVIe siècle.

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V – La carte de la station du Cygne et les hiéroglyphes

Durant la deuxième saison, de nouveaux mystères apparaissent, dont deux liés à la station du Cygne (appelée aussi « bunker »). Dans cet abri de fortune, les naufragés (principalement Jack, Locke et Eko) se succèdent à la tâche de Desmond : rentrer les nombres 4, 8, 15, 16, 23, 42 toutes les 108 minutes dans un ordinateur afin d’emmagasiner l’énergie électromagnétique et éviter qu’elle « s’échappe » (ce qui a provoqué le crash du vol Oceanic 815 quand Desmond n’a pas pu le faire).

Dans le S02E17 (« Bloqué ! »/« Lockdown »), Locke se trouve coincé et blessé dans un endroit de la station où des portes-antisouffle se baissent automatiquement et manuellement. Lorsque l’alarme des 108 minutes retentit, c’est Henry Gale/Benjamin Linus qui est chargé de taper les nombres sur l’ordinateur dans la pièce voisine, les portes-antisouffle s’abaissent et la lumière s’éteint. Une lumière bleue s’allume, révélant une carte dessinée et annotée à la main sur la porte-antisouffle proche de Locke, qu’il contemple avec assiduité (capture d’écran de l’épisode ci-dessous).

On apprend plus tard que cette carte a été entamée par Stuart Radzinsky à l’époque où il vivait dans la station et que Kelvin Inman l’a continuée. La carte fut aussi surnommée « la carte de Radzinsky » (ou « blast door map » en VO). Il faut une lumière à ultraviolet pour la voir. Elle indique, entre autres, les différentes stations DHARMA, certaines identifiables grâce à leur nom ou logo, d’autres inconnues (cf. chapitre précédent). Les stations convergent vers un point d’interrogation central, cachant probablement la station de la Perle (celle située sous l’avion de trafic de drogue et qui contient les écrans permettant d’observer la station du Cygne). Il se peut aussi que le centre de la carte montre la Source (le Cœur de l’île), bien que normalement, celle-ci soit censée n’être connue que par le gardien de l’île (donc Jacob durant ce moment, même s’il a pu guider quelqu’un devant – car d’autres peuvent la voir même s’ils ne sont pas les protecteurs de l’île comme cela est arrivé plusieurs fois). Outre différentes annotations qui n’ont pas forcément d’importance, on peut lire quelques sigles sur la carte comme CV I, II, III… Il faut se tourner vers une gamme de quatre puzzles officiels de 1 000 pièces chacun (oui oui ! – voir page 298) qui, assemblés et retournés, formaient la carte et proposaient des indices qualifiés de canoniques (cf. image ci-dessous). Ainsi, « CV » voulait dire « Cerberus Vent », endroits probables où était apparu le monstre (accentué par les notions de conduits souterrains sur la carte). De même, il est mentionné le lieu probable où repose Magnus Hanso, confirmant qu’il était à bord du Black Rock quand ce dernier a échoué sur l’île.

On ne sait pas pourquoi la carte était volontairement conçue pour ne pas être visible par tous, plausiblement car Radzinsky craignait de dévoiler à de potentiels étrangers (ou les fameux Autres) les différents emplacements des stations. Peut-être qu’elle renferme d’autres secrets… La carte a été montrée relativement tôt dans la série, elle contient quelques problèmes d’échelle de distances entre les stations, qui semblent trop proches entre elles par rapport à la réalité, mais on peut aisément imputer cela à sa complexe élaboration, par deux personnes seulement, dont une moins investie dans DHARMA que l’autre, et à sa conception sur la base de souvenirs uniquement, donc « de tête », ce qui n’est jamais facile.

Ci-dessous une reproduction de la carte (en anglais) par un fan puis, juste après, la même mais en français (merci à Lostpedia, comme toujours) – cliquez pour agrandir. La suite et fin de ce chapitre (sur les hiéroglyphes) est à découvrir dans le livre.

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VI – L’attaque de la pirogue

C’est sans aucun doute la question à laquelle il n’y a jamais eu de réponses concrètes ni de pistes de réflexion ou indices disséminés dans la série. Qui sont les attaquants en pirogue ? Un mystère né d’une séquence de moins de 50 secondes et qui continue d’alimenter, encore aujourd’hui, des discussions endiablées entre fans.

Dans le S05E04 (« Le Petit Prince »/« The Little Prince »), après un énième saut dans le temps, le petit groupe de Sawyer et Locke (incluant Faraday, Charlotte, Miles et Juliet) utilise une pirogue pour contourner l’île principale et se rendre à l’Orchidée (où se situe la roue gelée, qui permettrait d’arrêter ces sauts dans le temps, voir page 243). En pleine navigation, la troupe se fait tirer dessus par de mystérieux ennemis à bord d’une seconde pirogue derrière elle. On ne sait pas de qui il s’agit, Juliet assure que ce ne sont pas des « amis à elle » (donc des Autres). On sait uniquement que la scène se déroule au plus tôt en 2007 (grâce à une bouteille d’eau portant une étiquette du logo d’Ajira Airways trouvée dans la pirogue) ou bien plus tard (l’embarcation était proche du campement initial qui était à l’abandon et abîmé).

La pirogue des assaillants – notez la présence de deux balanciers (un de chaque côté), appelée P3 ici – et l’on distingue quatre à six personnes à son bord (davantage visibles en vidéo). Cliquez pour agrandir.

Initialement, on aurait dû voir le point de vue de ces assaillants durant la sixième saison, laissant croire que ce n’étaient donc pas des inconnus. Lindelof et Cuse ont même assuré à plusieurs reprises qu’ils savent précisément qui sont les personnes qui tirent sur Sawyer et les autres, que c’était écrit dans le script. Lindelof évoquait la difficulté de monter la scène, in fine, car une partie des assaillants (voire la moitié) qu’il avait envisagés dans cette seconde pirogue étaient finalement morts (renforçant l’hypothèse que ce soit Ilana et ses hommes – voir ci-après). En 2014, pour les dix ans de Lost, les showrunners affirment à nouveau qu’ils savent qui sont les assaillants mais préfèrent volontairement ne pas le dévoiler car Lindelof trouve ça « plus cool » (comme toujours, difficile de savoir avec eux deux si cela est vrai ou non). Néanmoins, ils ne sont pas fermés à une vente aux enchères (pour des œuvres de charité) du fameux script qui contient la réponse.

Selon Jorge Garcia (Hurley), ce sont Ben et Locke (probablement l’Homme en noir, donc) qui étaient dans cette pirogue ennemie mais uniquement « si ses souvenirs de lecture du scénario sont bons ». Cela semble difficilement possible car il y a six personnes dans la pirogue, à moins que le binôme soit accompagné par des hommes de main. D’autres théories avancent différentes possibilités. Banalement, un groupe de méchants prévu pour la sixième saison mais qui n’a finalement pas été intégré, ou bien d’autres ennemis d’un futur encore plus lointain, ou tout simplement Ilana et ses alliés, comme Bram, potentiellement suivi de Caesar . Il pourrait aussi s’agir carrément de Juliet, Sawyer et des mêmes occupants de la pirogue (qui se tireraient donc dessus) ou bien de Claire (même si on a du mal à l’imaginer avec d’autres occupants) ou encore… des matelots du Black Rock !

En effet, six d’entre eux ont « échangé des tirs de mousquet avec un autre navire qui a soudainement disparu dans un éclair de lumière céleste ». Ils étaient dans l’eau au moment du flash précédent (donc le saut dans le temps) et ont par la suite eu des saignements de nez. C’est ce que recense le journal de bord du Black Rock (15 décembre 1867) dans un bonus du coffret intégral de la série ! Mais… cet élément n’est sans doute pas canonique, car Lindelof stipule bien que la réponse à ce mystère existe mais n’a pas été dévoilée, ignorant donc poliment cette théorie.

La pirogue attaquée, longue et avec un seul balancier (la fameuse P2, voir un peu plus loin).

Richard ayant eu droit à son épisode une saison plus tard, peut-être que ce segment était prévu dans ce dernier ? Ou bien, comme le suggère Jorge Garcia, il pourrait s’agir de Ben et de « Locke », comme on les voit ensemble assez souvent dans cette sixième et dernière saison. Ou rien de tout cela et il s’agit d’un autre point où, en fait, il n’y a rien de plus en particulier à chercher car ce n’est pas l’essentiel à savoir. Peut-être même que Cuse et Lindelof mentent et n’ont jamais su qui était ou serait dans l’autre pirogue. À vous de choisir…

Toutefois, en 2024, Nicolas Dando, administrateur français de Lostpedia, notamment responsable des portails mystères et chronologie (également prolifique rédacteur du site durant la diffusion de la série – et précieux relecteur du présent livre), a travaillé avec minutie sur une chronologie des événements de l’entièreté de Lost, dans le but de concevoir un nouveau montage de la série (à la manière de Chronologically Lost, voir page 303 et ici sur ce site). Selon lui, les assaillants de la pirogue étaient bien Ilana et ses hommes.

Pour nourrir sa théorie, il s’appuie sur les pirogues présentées dans la série à la suite du crash du vol Ajira. Il en existe trois qui sont très différentes. Une courte à un balancier, qu’on appellera P1 pour notre démonstration, utilisée par de nombreux personnages, comme Frank et Sun dans un premier temps (durant la cinquième saison – S05E09 et S05E12) puis par « Locke », son groupe, Sawyer ou encore Richard et Miles, plusieurs fois tout au long de la sixième saison. Il existe aussi une pirogue longue à un balancier (prise par Linus et « Locke » – S05E12), soit P2 (voir photo un peu plus haut), et une longue à deux balanciers, usitée par le groupe d’Ilana (S05E16), qui sera donc P3 (voir photo ci-dessous).

La pirogue d’Ilana et son groupe (P3 donc), correspondant à celle des assaillants – voir première photo.

À noter qu’il existe deux autres pirogues (celle de Karl et celle de Widmore et Zoe, mais relativement différentes, par leur couleur et leur forme, des trois précédentes). Lors de la fameuse poursuite en pirogue, on distingue que les assaillants utilisent celle à deux balanciers (donc théoriquement celle d’Ilana et son groupe, P3) tandis que Sawyer, Locke et les autres utilisent la pirogue longue à un balancier (P2).

L’un des rares indices présents dans cette scène est une bouteille d’eau Ajira trouvée dans la pirogue que prendront Sawyer et les autres. Seulement deux bouteilles Ajira sont montrées dans la série ! Une semble être utilisée par le groupe d’Ilana (S05E12) mais a une forme très différente (plus compactée – voir photo ci-dessous) de celle vue dans la séquence de l’épisode de l’attaque (S05E04).

Unique plan sur la bouteille d’eau Ajira plus compactée que l’autre modèle davantage montré.

Une seconde est bue par Ben (toujours dans le S05E12 – on s’attarde d’ailleurs longuement et étrangement sur cette bouteille, ce n’est sans doute pas un hasard) avant qu’il utilise la même pirogue que Sawyer et compagnie prendront plus tard (mais se déroulant bien plus tôt dans l’ordre de diffusion de la série, et donc à nouveau dans le S05E04) – il s’agit probablement de sa bouteille, qu’il a laissée dedans. Cela permet de reconstituer quelques événements de façon chronologique. D’abord, Linus emporte (et abandonne) la bouteille d’eau Ajira dans la pirogue P2.

La bouteille d’eau Ajira (différente du modèle du groupe d’Ilana) que boit Linus et qu’il déposera probablement dans la pirogue qui sera attaquée plus tard.

Pirogue qu’il dépose à l’embarcadère des baraquements. Ilana et son groupe se dirigent vers l’île principale avec leur pirogue P3 (ces deux actions ont lieu dans le S05E12). On ne sait pas comment mais les pirogues P2 et P3 se retrouvent ensuite au camp des survivants (avec la fameuse bouteille d’eau de Linus dans la P2). Sawyer et sa troupe utilisent la P2 et se font attaquer par un groupe utilisant la P3 (ces deux événements ont lieu dans le S05E04).

La même bouteille d’eau Ajira trouvée par le groupe de Sawyer dans la pirogue qui sera attaquée.

Si rien ne « prouve » qu’il s’agit bien d’Ilana et ses hommes dans la P3, cela aurait du sens malgré tout car c’est la pirogue qu’Ilana a toujours utilisée. Par ailleurs, son groupe comprend cinq personnes à la fin de la cinquième saison (S05E16), soit le nombre de survivants sur la pirogue car on en distingue six et un est tué par Juliet. Ces éléments correspondent aussi aux déclarations de Lindelof vues plus haut sur la mort d’une partie des assaillants. En allant plus loin, l’on s’aperçoit que cette poursuite ne peut avoir lieu qu’entre le S05E12 et le S05E16, période où il se déroule un jour et une nuit et dans laquelle on ignore ce qu’ont fait Ilana et son groupe, leur laissant le temps de récupérer la P2 et de la rapprocher de la P3, tout en se situant avant la fin des sauts dans le temps.

C’est une théorie qui peut sembler compliquée à la lecture mais qui semble inéluctable quand on revoit toutes ces scènes à la suite, en portant son attention sur les différents types de pirogues et bouteilles Ajira (► via le montage LOST : Chrono Cut – en cours d’élaboration par Nicolas Dando – ou, au minimum, quelques images comme sur ce site). Quatorze ans après la fin de Lost, on a peut-être résolu l’une de ses plus grandes énigmes…

L’on pourrait ainsi se questionner sur l’intérêt pour Ilana de tirer sur les naufragés puisqu’elle est supposée protéger les derniers candidats, incluant donc Sawyer. C’est oublier Locke, présent dans la pirogue, qu’Ilana et ses hommes prendraient alors pour l’Homme en noir (qui n’avait à ce moment-là pas encore pris l’apparence de Locke mais Ilana n’est pas censée le savoir). Sachant que l’Homme en noir ne peut pas traverser l’eau ou que celle-ci est son « point faible », on peut imaginer qu’Ilana souhaitait le faire chavirer et peut-être le noyer. Il se peut aussi que le groupe d’Ilana distingue mal les personnes dans la pirogue qui les devance et préfère les attaquer plutôt que de risquer de se faire à son tour attaquer par eux.

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